Addiction au numérique : quand la connexion crée la déconnexion

La révolution numérique a transformé nos vies, le savoir et les échanges. De fait l’outil informatique est devenu la ressource la plus utilisée pour accéder à l’information. 85% des français sont internautes et 99% des 12-39 ans ont déjà eu recours à internet.

Les raisons d’utiliser internet, aussi bien professionnellement que personnellement, sont diverses et variées et tout le monde y trouve ce qu’il recherche.

Cependant, cette accoutumance aux écrans nous fait nous interroger sur ses dangers. Force est de constater que l’utilisation à outrance d’internet peut créer une sorte de bulle qui nous coupe du reste du monde, cela se remarque principalement chez les plus jeunes. En effet, la génération Z (15/25 ans) paraît être la plus exposée au risque de la dépendance à internet.

La nomophobie : une addiction à internet

Internet est aujourd’hui indispensable, une première forme d’addiction de société

L’omniprésence d’internet dans notre quotidien facilite grandement nos moyens d’échanges. Actuellement, l’interaction entre les individus n’a jamais été aussi importante. Notamment dans le milieu professionnel où le nombre de sollicitations ne cesse d’augmenter.

Consulter ses mails, mettre en place une veille quotidienne d’information, suivre ses réseaux sociaux : autant d’éléments décisifs à une journée de travail ordinaire.

Cependant, cette réactivité numérique obligatoire a une répercussion sur notre comportement. L’hyperconnexion et le besoin d’immédiateté peuvent alimenter le stress, l’anxiété et peuvent avoir pour conséquence la perte de productivité.

Un terme est apparu pour caractériser cette dépendance : « la nomophobie ».

La nomophobie est extrait de l’expression anglaise « no mobile-phone » qui contracté a donné no mobile phobie soit nomophobie.

Le mot était d’abord utilisé pour caractériser les personnes accros à leur smartphone. Or, de nos jours, il peut être plus couramment utilisé pour cibler la cyberdépendance en générale.

Comment se caractérise cette phobie ?

Une addiction se caractérise par le fait que la dépendance remodèle les voies neuronales pour créer un processus de désir, d’habitude, de plaisir, de régulation émotionnelle pour un objet ou une substance.

Être accro à la connexion entre dans cette définition lorsque l’utilisateur prend plaisir à seulement se connecter sur internet et y surfer sans but sans pouvoir en être conscient et s’arrêter.

L’hyper connexion crée donc de nouvelles formes d’anxiété : anxieux d’en être déconnecté mais également ancieux d’être trop sollicité. Il existe un clivage entre la simple utilité professionnelle (et le stress lié au travail) et la surconnexion (où la technologie crée le stress).

Néanmoins nécessaire à une pratique professionnelle, la cyber dépendance peut devenir dangereuse.

Alors quels sont les critères qui caractérisent l’addiction ?

Les symptômes d’une addiction au numérique :

  • Impossibilité de résister à une pulsion, quand le besoin de se connecter est trop grand qu’on y cède
  • Une sensation de tension lorsqu’on est trop longtemps déconnecté
  • La perte de lucidité sur nos pratiques, le fait de ne plus être conscient de passer trop de temps sur l’ordinateur, voire pire, être complètement déconnecté du temps réel.

Les jeunes un public particulièrement en danger

La génération Z (12-22 ans) est la plus exposée à ce risque parce qu’ils sont « digital native » à savoir qu’ils sont nés avec l’outil internet. Ils ne peuvent pas imaginer le monde sans internet, pourtant pas si lointain qu’il n’y paraît.

Le docteur Anne-Lise DUCANDA est un lanceur d’alerte qui a créé une association COSE afin de mettre en garde les parents contre les effets négatifs des écrans sur les enfants. Pour le docteur Anne-Lise DUCANDA tous les enfants qui sont surexposés aux écrans ont les mêmes symptômes : ils sont dans leur bulle, ils ne regardent pas dans les yeux, ne parlent pas, ne s’intéressent pas au monde extérieur, le cortex frontal qui est une partie du cerveau rétrécit, ils ont un retard intellectuel, et s’isolent.

De plus, il est prouvé que les adolescents sont en quête de personnalité et le web y participe.

En effet, le web est une plateforme d’intersection culturelle, informationnelle, multimédia mais c’est aussi une plateforme d’échanges d’avis personnels. Ainsi, les arguments pour s’y connecter et y passer du temps en quête d’une personnalité sont nombreux et les jeunes deviennent rapidement addicts.

Un constat : l’addiction nécessite un besoin médical pour se déconnecter

Le web stimule la dopamine

L’addiction aux écrans remodèle les circuits neuronaux afin d’y assigner une valeur suprême à internet aux dépens d’autres préoccupations comme le travail, la famille ou tout simplement la vie.

Ce processus rappelle la dépendance à la drogue. La drogue stimule la dopamine au même titre que la connexion. La dopamine est l’hormone de l’addiction, elle alimente le circuit de la récompense, et la dopamine est stimulée par les écrans.

« Être addict », « être accro » mais pas encore « toxicomane » du web. Aujourd’hui, dans le français courant, l’addiction est un terme moins fort en sens que la toxicomanie.

Ce qui explique l’absence d’inquiétude médicale autour du sujet actuellement.

Il ne faut pas négliger l’ampleur du phénomène.

Les premières critiques d’internet comment à émerger et se font une place dans l’actualité.

Les prémices d’un problème d’envergure ?

Avec la génération Z, puis les générations futures, le phénomène risque de s’aggraver et personne ne peut réellement prévoir l’envergure des risques encourus.

Les premiers phénomènes négatifs d’internet commencent à apparaitre et à prendre de plus en plus d’importance : FakeNews, Cyber sensibilité, cyber harcèlement.

Le cyber harcèlement ou dans notre cas, la cyberdépendance affecte directement la santé de l’utilisateur d’internet. Un outil à l’origine destiné à améliorer nos relations sociales est en train de les mettre en péril.

Face à tous ces troubles liés au digital, ne doit-on pas craindre la possibilité d’un futur secteur médical spécialisé dans les soins liés au numérique (au même titre que le secteur médical de la désintoxication ?). Des centaines de centres de désintoxication numérique existent déjà à travers le monde.

 

Du fait que toutes nos interactions quotidiennes sont actuellement dépendantes d’internet, on peut penser que la société elle-même est à l’heure actuelle cyber addict. On peut s’inquiéter que les prochaines générations ne le soient de plus en plus à travers un phénomène de mimétisme, de reproduction de l’hyper-connexion qu’on retrouve chez les parents aussi bien du côté professionnel que personnel.

Les plus jeunes utilisateurs, nés et directement plongés dans le web, sont particulièrement exposés au danger et laissent craindre une société 2.0 bien plus exposée par les risques d’internet, même sur notre santé : anxiété, perte de lucidité sur le réel, traitement de trop d’informations.

Nicolas Crabié

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