Ados hyper connectés : Des petits poucets 2.0 ?

Les adolescents utilisent leur mobile pour accéder à Internet. Ils visionnent des vidéos, tissent des liens via les réseaux sociaux, etc. Ces différents points de contact sur Internet sont l’occasion de traces qui participent à la construction de leur identité numérique. Paradoxalement, est-ce que cette génération hyper-connectée, présentée comme ayant des compétences numériques innées,  a pleinement conscience de l’utilisation des informations la concernant ?

Ce sujet est en relation avec l’e-reputation qui a fait l’objet d’une publication récente, (C. Alcantara et co-auteurs dans « E-réputation : cadrage théorique d’un concept complexe et polymorphe », Presses de l’Université du Québec (PUQ), Québec, 2017) .

Identité numérique, trace, fracture numérique, QUESAKO ?

« Nos pratiques numériques génèrent des traces. Celles-ci s’imposent à nous. Nous produisons donc de l’information numérique avant même d’avoir l’intention d’en produire ! » (C. Alcantara et M. Regourd-Corral, PUQ 2017).

Lors de chaque connexion à l’Internet, nous laissons des traces sur le réseau. Volontaires ou non, elles contribuent à créer un nouveau moi, une identité numérique. Dépossédées de leur contexte, elles se transforment en données, exploitées par les marques pour proposer un contenu adapté mais elles peuvent également être détournées et utilisées pour nuire.

Des traces involontaires

Au moment la connexion, l’adresse IP de l’ordinateur donne des informations sur notre localisation, notre temps de connexion, les sites consultés.
Au gré de notre navigation, des cookies sont installés sur notre ordinateur et permettent de dessiner notre profil en fonction des sites visités : Destination de vacances, produits consultés, hobbies, …
Sur les réseaux sociaux, nos photos ou nos publications sont partagées et commentées.

Création : Alice Rodrigues

 

Les traces volontaires

Poster une photo de soi, commenter, compléter un formulaire, sont autant de traces laissées volontairement. Ce qui pose problème ici, c’est la dé-contextualisation de l’information.
Ces traces sont comme autant de petits cailloux qui vont permettre de reconstituer notre identité numérique.

La fracture numérique, qu’est-ce que c’est ?

Longtemps limité à la seule question de l’accessibilité à l’internet (dans les années 1990), le concept de fracture numérique s’affine et englobe désormais différents niveaux d’inégalités :
– Inégalité d’accès aux moyens : ordinateurs, internet.
– Inégalité dans l’usage des applications.
   – Inégalité dans l’usage des informations issues de ces outils.

Des ados petits poucets 2.0 ?

Des ados hyper-connectés

Ils sont connectés dès leur réveil, pour ceux que l’on oblige à couper le cordon numérique au moment du coucher. Pour les autres, les échanges numériques se poursuivent, conversations sur les forums, consultation de vidéos, messagerie, etc , entrecoupent leur sommeil.

Puis, on les aperçoit, seuls ou en groupe, à l’arrêt de bus ou devant le collège, affublés d’oreillettes et têtes baissées sur leur mobile. Ensuite, vient la pause, le temps du monde réel, celui du collège pour les ados. Désormais, le cordon est vraiment coupé et le téléphone portable glissé au fond du sac. A la fin des cours, sitôt franchi le portail du collège, la vie numérique reprend … on s’échange des sms à la volée, on se snap, on joue, on écoute de la musique.

Des ados hyper-équipés

Les adolescents sont très équipés en matériel multimédia. Avec le MP3, le téléphone mobile est l’outil multimédia que les adolescents possèdent le plus. Aujourd’hui, 90% des ados ont un portable et 53% un smartphone avec lequel ils se connectent  (étude Junior Connect 2014).  
Doté d’outils multimédias, d’applications et de connexion à internet, le mobile est accessoirement un téléphone mais pas seulement !

Du multimédia, des blagues

Selon une étude de l’Union Nationale des Associations Familiales et la TNS SOFRES, les adolescents ont un usage multimedia (88% musique, 86 % photos, 74 %vidéos) de leur mobile. Ils sont également 64 % à l’utiliser pour jouer à des jeux préinstallés.
Envoyer des photos ou des vidéos à des copains (85%), filmer des situations amusantes (81%) constituent des comportements très répandus parmi les adolescents.

Et des réseaux sociaux

On note une prévalence chez les filles à utiliser les réseaux sociaux, près de 70 % des filles de 11 à 14 ans sont inscrites sur les réseaux sociaux pour 63 % de garçons du même âge. Sans surprise, les réseaux sociaux les plus concernés sont Snapchat (63,40% garçons – 79.53% filles) Instagram (50.16% garçons – 67.78% filles) Facebook (62.61% garçons – 47.16 % filles).
Près de 33 % ont plus de 200 contacts (15% > 400), 33% ont de 50 à 200 contacts. Plus inquiétant, près de 30 % des filles y ont déjà communiqué avec des inconnus, 38 % des garçons. 12% des filles et 14.35 % des garçons ont rencontré physiquement ces inconnus.

Des ados conscients des risques encourus ?

La crainte de ne plus avoir de téléphone

Lorsque les ados expriment des craintes vis-à-vis du mobile, celles-ci concernent les conséquences sur la santé et … la crainte de ne plus avoir de mobile.
 Loin derrière, s’expriment la crainte de voir diffuser à son insu une photo gênante, que l’on vienne en espionner le contenu et, pour les plus jeunes, la peur de recevoir du contenu gênant ou violent.

Une mauvaise perception des risques

Les adolescents ont tendance à croire, que derrière leur écran, ils sont quelqu’un d’autre et donc qu’ils ne risquent rien. Il s‘exposent, publient des textes des vidéos ou des photos sans gêne.
Ils sont également persuadés qu’il leur suffit de supprimer une publication (photo, texte) pour qu’elle n’existe plus.
C’est le paradoxe de cette génération que l’on dit hyper connectée. Elle intègre rapidement des compétences numériques liées à des «modes de vie» («lifestyle skills») comme écrire des SMS, jouer à des jeux vidéo ou regarder des vidéos. Elle présente une méconnaissance des usages des informations issues de ces outils.

 

Alice Rodrigues

POUR ALLER PLUS LOIN

10 règles d’or pour se protéger : http://www.generationnumerique.com/les-10-regles-dor-pour-les-jeunes/
La e-reputation en question : http://www.generationnumerique.com/le-reputation-en-questions/

SOURCES

Alcantara Christophe et Regourd-Corral Martine, 2017, « E-réputation : cadrage théorique d’un concept complexe et polymorphe », in « E-réputation et influenceurs dans les médias sociaux. Nouveaux enjeux pour les organisations », ouvrage collectif dirigé par F. Charest, C. Alcantara, A. Lavigne et C. Moumouni, Presses de l’Université du Québec (PUQ), Québec, 2017

Enquête Sofres :


https://www.tns-sofres.com/sites/default/files/2009.10.06-ados-mobiles.pdf


Association Génération numérique :

https://asso-generationnumerique.fr/wp-content/uploads/2016/07/Les-11-18ans-et-les-r%C3%A9seaux-sociaux-.pdf


Identité numérique : Quels enjeux pour l’école ?  :

https://www.reseau-canope.fr/savoirscdi/societe-de-linformation/reflexion/identite-numerique-quels-enjeux-pour-lecole/en-parler-aux-eleves-pourquoi.html

Sources images

Photos : Pixabay

Illustration : Alice Rodrigues

 

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