Cinq infox qui ont troublé la vie politique en 2018.

L’information circule si vite sur le web qu’il est difficile de la contenir. Parmi le flot d’informations qui inonde la toile il y a bien des coquilles. Propagées à dessein ou non, ces fake news (ou infox) ont émaillé le paysage politique et suscité l’émoi des internautes. Retour en lumière sur cette année et ses 5 intox les plus marquantes.

1 – Fake news sur la loi anti fake news

 

La commission des affaires culturelles et celle des lois se réunissaient le 22 mai autour de la loi anti fake news. Françoise Nyssen, ministre de la Culture à l’époque y présentait les grandes lignes. Immédiatement, le site « La gauche ma tuer1» déformait ses propos en affirmant que les Français étaient « trop bêtes pour comprendre ». L’infox ayant été dénoncée, le site « RT France » qui avait aussi dénaturé les propos de la ministre se défendait dans un article2. «Aucun journaliste n’est à l’abri d’une approximation, en particulier dans une époque où l’actualité s’écrit de plus en plus vite.» Si la neutralité du net garantit l’égalité de traitement des flux de données, la neutralité de la presse, elle, est plus approximative.

En réalité, Françoise Nyssen appelait à «ne pas céder à la démagogie en renvoyant à la seule capacité de discernement des citoyens». Elle évoquait aussi la responsabilité trop faible des protagonistes du web qui, selon elle, « fuient leurs responsabilités». Pour bien cerner les propos de la ministre, il suffit d’écouter la commission du 22 mai 20183.

2 – Immigration et infox, un cocktail détonant.

 

Le pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières (PMM) signé le 10 décembre à Marrakech enflammait la toile avec une série de fakenews4. Marine Lepen twittait que ce pacte entraînerait une « immigration encore plus massive que ce que nous vivons ». Le retrait de plusieurs pays ont exarcebé l’infox, mais leur politique migratoire permet de comprendre la logique de leur décision.
Le texte5 indique en 23 points la direction vers laquelle le PMM s’oriente. Il promeut une meilleure coordination entre pays et souhaite une analyse plus fine des comportements migratoires. Pour Gaëtan Gorce, chercheur à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (Iris), ce texte n’a aucun caractère obligatoire. Il constitue plutôt une ligne de conduite intergouvernementale.

3 – La fin de la constitution.

 

Une fake news a refait surface en 2018 et selon elle, la France n’aurait plus de constitution depuis le 1er janvier 2017. L’infox6 prend racine en 2016, quand Manuel Vals crée l’Inspection Générale de la Justice. Ce dispositif fusionnerait le pouvoir exécutif et l’autorité judiciaire. Selon la constitution « Toute société dans laquelle la garantie des droits n’est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n’a point de constitution.»

Si un texte de loi allait à l’encontre de la constitution, c’est le texte lui-même qui serait censuré et non l’inverse. La hiérarchie des normes place la constitution au-dessus de tout autre texte de loi. Elle forme le bloc constitutionnel avec (entre autres) la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 et la Charte de l’environnement de 2004.

4 – La fausse lettre d’Emanuel Macron.

 

Un faux courrier7 estampillé du sceau de l’Elysée avait enflammé les réseaux sociaux. On peut y lire une note d’Emmanuel Macron s’adressant au procureur de la république. Il lui demande d’endiguer le mouvement des gilets jaunes qu’il associe à l’extrême droite. Le site «Cheknews» a rapidement démenti cette infox dans un article où l’on peut lire que l’Elysée confirme le canular.

Il est peu probable qu’un tel courrier circule sur les réseaux sociaux de cette manière et de nombreux indices trahissent linfox. La lettre comporte des fautes d’orthographe, et le sceau utilisé en en-tête de courrier n’est pas le bon. Le président n’a aucune raison de s’adresser directement au procureur pour de telles raisons. C’est le Premier ministre qui se charge de l’ordre public et ses représentants sont les préfets.

5 – Clôture de 25000 associations

 

Le 16 octobre, le journal «La marseillaise8» accusait la république macroniste de la mort de 25000 associations. L’infox s’appuie sur un rapport publié par l’association « Recherche et solidarité » en septembre 2018. Selon elle, le nombre de responsables en difficultés a fortement diminué de 2017
à 2018. Le rapport ajoute que « personne ne croira que ces associations en souffrance ont vécu un petit miracle … L’hypothèse la plus probable est que nombre d’entre elles n’ont pas survécu : environ 25 000». L’estimation se base sur une période débutant en janvier 2017, mais Emmanuel Macron n’est arrivé au pouvoir qu’en mai 2017.

La baisse des contrats aidés et la diminution des subventions, votés en novembre 2017 sont présentés comme arguments en sous-titre d’article. Il est vrai que cette loi a été fortement critiquée dans le monde associatif mais l’implication dans des associations est en augmentation. Dès les premières pages, le rapport montre une forte hausse de création d’associations entre 2017 et 2018. Il fait état d’une stabilisation inédite entre création et abandon qui équilibre le nombre d’associations à plus de 70.000 par an depuis 2014.

Que retenir du phénomène des fake news ?

 

Avec ou sans intention, l’usage de la désinformation est monnaie courante dans le débat politique. L’accélération et la facilité d’accès à l’information que permet internet exacerbent ce phénomène. Les infox soulèvent des problématiques complexes qui opposent les points de vues des grands acteurs de notre société. Tandis que les géants du web tendent à se décharger de leurs responsabiltés au nom du droit à l’information, le débat politique s’engorge d’infox. Les internautes se font les relais
de ces fake news qui se propagent d’autant plus à l’air du web 2.0. En contrepartie, des actions pédagogiques sont menées dans l’éducation nationale et au travers de nombreux médias pour
sensibiliser les utilisateurs du web. Il semble toutefois que si l’on cherche de plus en plus à prévenir ce phénomène, il y ait beaucoup de chemin à parcourir pour arriver à le minimiser. Une entreprise ambitieuse si l’on considère que le détournement d’information est peut être aussi ancien que le débat politique.

https://vincent-sahuc-webmaster.fr/

Vincent Sahuc

 

Sources :

1- Article « la gauche ma tuer » : http://lagauchematuer.fr/2018/05/25/le-ministre-de-la-culture-justifie-la-loi-de-censure- dinternet-les-francais-nont-pas-une-capacite-de-discernement-suffisante/

2 – Article « RT France » : https://francais.rt.com/rt-vous-parle/51774-francais-trop-betes-pour-comprendre

3 – Commission du 22 mai 2018 : http://videos.assemblee-nationale.fr/video.6024336_5b0427950d54d.commission-des- affaires-culturelles-et-commission-des-lois–audition-de-mme-francoise-nyssen-minis-22-mai-2018

4 – Article « Le Parisien » ( pacte sur les migrations) : http://www.leparisien.fr/politique/immigration-massive-et-pleins- pouvoirs-que-dit-vraiment-le-pacte-de-l-onu-sur-les-migrations-03-12-2018-7959921.php

5 – Rapport d’assemblée générale des nations unies (pdf) : http://undocs.org/fr/A/CONF.231/3

6 – Article « Hoaxbuster » ( La fin de la constitution) : http://www.hoaxbuster.com/hoaxliste/fin-de-la-constitution

7 – Article « Checknews » (la fausse lettre d’Emanuel Macron ) : https://www.liberation.fr/checknews/2018/11/04/17- novembre-non-macron-n-a-pas-demande-dans-un-courrier-l-usage-de-la-force-contre-les-agitateurs_1689809

8 – Article « Checknews » ( La Une du journal La Marseillaise … ) : https://www.liberation.fr/checknews/2018/10/20/25- 000-associations-ont-elles-disparu-apres-un-an-de-macronisme_1686299

Photo : unsplash.

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