« E-réputation. Regards croisés sur une notion émergente » : interview Christophe Alcantara

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A l’occasion de la parution le 23 février de l’ouvrage collectif, « E-réputation. Regards croisés sur une notion émergente », nous avons rencontré Christophe Alcantara, directeur de la publication.

Propos recueillis par Florence Lloret, Simon Garric et Adrien Duplantier – 11/02/2015

Pourriez-vous nous présenter « E-réputation. Regards croisés sur une notion émergente » ?

Cet ouvrage collectif est le premier du genre publié en France avec une approche pluridisciplinaire. Il est vraiment, non pas un point d’arrivée, mais un point de départ avec des chercheurs en France et en Europe, identifiés sur ce champ.

A qui s’adresse l’ouvrage ?

Il s’adresse à tout public ayant une curiosité avérée sur le web. C’est à dire des chercheurs mais également des praticiens, des professionnels, qui à un moment, ont besoin de prendre un peu de distance et de s’interroger sur ce phénomène qui nous concerne tous.

Vous avez fait appel à 23 contributeurs. Comment les avez-vous choisi ? Y-a-t-il eu un sentiment de frustration de votre part dû au choix à faire ?

Non, car avec les 23 chercheurs qui ont collaboré, nous nous étions tous rencontrés lors du Colloque internationale sur l’e-réputation que j’avais organisé en 2013.
Ce sont tous des chercheurs identifiés, légitimes, qui ont une notoriété sur leurs sujets respectifs.
J’ai tenu à ce que des jeunes chercheurs puissent aussi participer à cet ouvrage collectif avec des chercheurs ayant une notoriété bien établie. C’est ce qui fait la richesse de l’ouvrage.
En effet, la pluralité des auteurs de l’ouvrage est donc double : dans un premier axe, on retrouve des chercheurs d’horizons différents.
Dans un deuxième axe, on retrouve une mixité entre auteurs confirmés et le fait de permettre aussi à des jeunes chercheurs de pouvoir être publiés de par la qualité de leur production.

« En dirigeant cet ouvrage collectif, j’ai cherché à mettre en musique des contributions diverses et variées pour proposer un tout ayant sa cohérence. »

Comme dans toute démarche de production scientifique, chaque chercheur est libre de sa production scientifique.
En dirigeant cet ouvrage collectif, j’ai cherché à mettre en musique des contributions diverses et variées pour proposer un tout ayant sa cohérence.

Vous avez structuré le livre en deux parties. Pouvez-vous nous expliquer ce choix?

On retrouve à la fois une approche qui définit l’e-réputation, qui pose la question du sens de l’e-réputation comprenant par exemple un volet juridique.
Et on trouve une deuxième partie plus dynamique et opérationnelle qui cherche à voir la réalité de l’e-réputation dans des univers extrêmement différents. On parle de l’impact de cette notion dans la culture jusqu’à son incidence dans le recrutement.
Il y a la fois des articles qui traitent d’une dimension très opérationnelle et d’autres qui cherchent vraiment le sens profond de l’e-réputation.

« L’e-réputation n’est qu’un avatar d’une question beaucoup plus large et beaucoup plus pérenne qui est celle l’identité numérique. »

Vous participez régulièrement à des manifestations scientifiques ou professionnelles qui parle de l’e-réputation, ne pensez-vous pas avoir déjà tout dit ?

Non ! (rires). L’e-réputation, c’est un champ de recherche extrêmement riche et fécond !
Si on a une approche purement instrumentale, on va chercher à voir comment l’e-réputation, à travers le prisme de l’image, est affectée par les réseaux sociaux ou des contributions de tiers ou autre.
Mais si on prend de la hauteur, l’e-réputation n’est qu’un avatar d’une question beaucoup plus large et beaucoup plus pérenne qui est celle de l’identité et plus spécifiquement l’identité numérique.
On peut passer sa vie à réfléchir à ces questions. Mais il y a aussi la perception et l’appropriation par les publics des réseaux sociaux.

Donc l’identité numérique serait le nouvel enjeu à l’heure des réseaux sociaux ?

Non. L’identité numérique est un fil conducteur dans l’avènement du web et des réseaux sociaux dont, selon moi, l’e-réputation n’est que le dernier avatar.

« L’enjeu est le fait d’accepter l’autre dans une proximité digitale qui peut parfois être insoutenable. »

Est-ce que vous pourriez nous éclairer sur les nouveaux enjeux de la société de l’information à l’heure des réseaux sociaux ?

C’est une très belle question.
Parce que fondamentalement cette question, elle nous renvoie à quoi ? Elle nous renvoie au fait qu’aujourd’hui dans la société de l’information dans laquelle nous vivons, pour paraphraser McLuhan (Marshall McLuhan, Théoricien de la communication, fondateur des études contemporaines sur les média), nous sommes véritablement dans un village planétaire, dans un « village global », numérique et global. L’enjeu est le fait d’accepter l’autre dans une proximité digitale qui peut parfois être insoutenable.
Mon mode de vie est certainement très différent de celui à un autre point de la planète. Et l’autre dans sa différence, c’est-à-dire l’altérité, me perçoit aujourd’hui dans une proximité immédiate à travers son écran.
Je lui suis éventuellement très proche sur un plan physique. Alors que sur un plan symbolique, culturel, nous sommes, lui et moi, très éloignés.
Et cette proximité et cette immédiateté digitales peuvent être absolument insupportables. A lui, comme à moi.
Et donc dans ce « village global », nous sommes numériquement tous voisins et ce voisinage est l’enjeu d’une cohabitation pacifique à venir ou à espérer.

Effectivement, c’est une question qui bouillonne en ce moment. Est-ce qu’il y a des échéances déterminantes qu’il va falloir surveiller ?

Oui. Par exemple, si nous sommes à un niveau macro social et macro économique, il faut suivre cette fameuse réglementation européenne qui doit sortir sur le droit à l’oubli numérique et qui est un véritable serpent de mer que l’on attend depuis longtemps maintenant. C’est quelque chose qui sera structurant.
Le droit à l’oubli, c’est l’expression même d’une composante de l’e-réputation.
Au fond, l’e-réputation, c’est un réceptacle qui fait converger les notions telles que l’identité numérique, le droit à l’oubli, les traces numériques etc.

Vous évoquez la notion d’émergence alors que le terme « e-réputation » apparaît dès les années 90. Que voulez-vous dire en utilisant cette notion ?

Ce qui est émergent ce n’est pas de parler d’ « e-réputation », de l’identité numérique d’une personne ou d’un produit. Ce qui émerge, c’est l’ampleur du phénomène.
Les réseaux sociaux et leur utilisation exponentielle ont totalement transformé l’enjeu autour de l’e-réputation.

Justement, en tant qu’individu, comment protégez-vous votre e-réputation ?

Dans un premier temps, je dénonce cette question parce que si je dis protéger ma réputation, cela veut dire qu’elle pourrait être attaquée et donc que l’interaction que j’ai avec les autres est, par essence, une menace.
Mais ça peut être aussi une opportunité. Je m’insurge contre la notion de menace a priori. L’e-réputation peut avoir des impacts très positifs et permettre des mises en relation par une dynamique de réseaux très opérante et en même temps il peut y avoir des impacts négatifs par une forme de transparence de l’information que l’on convoque à tout bout de champ.

Allez-vous renouveler cette approche ?

Oui, bien-sûr. Il y aura d’autres collaborations à venir sur ces thèmes qui vont du droit à l’oubli jusqu’à l’identité numérique.

« E-réputation. Regards croisés sur une notion émergente »
Ouvrage collectif dirigé par Christophe Alcantara, enseignant chercheur en Sciences de l‘information et de la communication, IDETCOM, UT1 Capitole
Publié chez Gualino, Lextenso éditions

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