Identités numériques : unicité ou multiplicité de l’identité sur le web

Savoir gérer son image et ses informations personnelles est toute une entreprise que chacun se doit d’assurer.  Depuis l’avènement de ce magnifique outil que l’on nomme Internet, chacun s’est vu confronté à la problématique de la protection de la vie privée. Certains ont choisi d’être présents sur le net tout en gardant leur anonymat. D’autres préfèrent que leur présence se fasse sous leur vraie identité et non un pseudonyme.

Y a t-il un juste milieu ? Entre prudence et risque que choisir ?

Identité ou identités ?

L’identité virtuelle et réelle c’est un peu la même chose à part que dans la «vraie» vie lorsque vous donnez votre carte d’identité ou que vous vous présentez à des personnes, vous avez votre interlocuteur devant vous… en vrai. Comme dans la vie réelle, l’identité virtuelle est le mélange de ce que je montre, ce que je cache, ce que les autres perçoivent et ce qui m’échappe.

Il peut s’agir d’éléments identitaires : statut professionnel, diplômes obtenus, expériences professionnelles, formations, relationnel… toutes informations pouvant figurer sur un CV en ligne ou dans un profil sur un réseau social.  Mais vous trouverez aussi les traces laissées par votre activité virtuelle : commentaires sur des forums, militantisme, aspiration religieuse, orientation politique, annonces postées sur des sites de vente,…

Sans oublier les traces laissées par l’activité des autres internautes à votre sujet, qui peuvent vous réserver quelques surprises. « Il est fort possible que des traces impactent votre image numérique sans que vous le sachiez, prévient Jean-Francois Ruiz, Co-Fondateur de l’agence de webmarketing PowerOn. Que ce soit via le tag d’une photo sur Facebook, la citation de votre nom suite à votre participation à un évènement, ou la publication d’un texte par une association dont vous êtes membre. » (1)

Identité plurielle ou unique ?

Personal Branding et transparence

Pour certains, leur choix est de n’apparaître sur le web que par un seul pseudonyme, et de n’avoir qu’un seul profil pour utiliser les services présents sur la toile.

Pour d’autres, donner son vrai nom est indispensable, cela permet d’être crédible dans le cadre professionnel, ou pour respecter le cadre légal des activités liées à l’identité civile.

Ensuite, quand l’individu apprend à gérer son identité sur le web, il devient comme une marque, c’est ce que l’on appelle le Personal Branding dans le jargon des professionnels. Il s’agit pour lui d’utiliser les outils du web, de maîtriser ses activités au sein des différents sites pour gérer son identité sur le web. Le principe est de cultiver notoriété et réputation en sa faveur, dans le domaine professionnel ou extra-professionnel.

Nous trouvons le profil de ceux qui se sentent libres, qui n’estiment n’avoir rien à cacher, ni rien à se reprocher de grave, et qui pratiquent la transparence sur le web, en partageant leurs parcours professionnels, leurs loisirs, leurs opinions politiques, leurs philosophies, leurs pensées, leurs goûts gastronomiques, leurs films et musiques préférés, leurs lectures favorites. Ceux qui optent pour cette unicité d’identité, cherchent parfois même à impacter la société par leurs comportements sur le web, et influencer les internautes. Et le choix d’afficher clairement et publiquement les nom et prénom est pour eux un choix stratégique pour défendre leurs valeurs et leurs idées.

Vers un cadre d’identité numérique

En faveur de l’unicité de l’identité, nous voyons de nombreuses réflexions et projets se mettre en place avec le soutien de l’Etat en France, sur l’unité d’une identité numérique, et pour cela des sociétés proposeront d’accompagner les individus pour créer avec eux une identité numérique. Des chercheurs et entrepreneurs développent depuis plusieurs années un projet de « carte d’identité numérique », baptisé Onename. (2)

Le site Onename propose à l’internaute de rassembler tous ses comptes sur Internet sur une même page et d’affirmer qu’il s’agit bien des siens, afin d’éviter toute usurpation d’identité.

On voit l’Etat avec les chercheurs et les entrepreneurs qui réfléchissent à l’identité numérique et à la méthode permettant l’identification numérique des utilisateurs, sous forme d’une carte d’identité numérique.

Identités multiples : quand la multiplicité passe inévitablement par les pseudonymes

On peut se poser la question de savoir si l’utilisation de pseudonyme est chose négative. En fin de compte le but est de préserver un anonymat sur le web tout en ayant son confort.

La légitimité du pseudonyme

La notion de pseudonyme est expliquée comme étant «nom d’emprunt, librement choisi par une personne pour dissimuler au public son identité réelle dans l’exercice d’une activité particulière.» (3)

En effet, l’usage des pseudonymes n’est pas un fait nouveau, ils sont juste exploités par des internautes qui ne sont ni écrivains, ni politiciens ou autres célébrités…

Il est vrai, les pseudonymes ont explosé avec le web, mais ils existent depuis longtemps.

Des écrivains célèbres ont caché leur identité, en signant leur œuvre d’un pseudonyme, tel que Romain Gary, qui publia son livre «La vie devant soi», sous le nom de Emile Ajar, en 1975. (4)

De grands hommes politiques, intellectuels, en exil, ont pris des pseudos pour se camoufler dans le paysage et passer inaperçu. (5)

L’histoire nous raconte ces hommes courageux, militants, des résistants en temps de guerre, qui ont utilisé des fausses identités et emprunté des pseudonymes pour mener à bien la résistance et la libération de la France.

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«Sur internet, personne ne sait que tu es un chien»

Peter Steiner, dessinateur pour le New Yorker

La pluralité de l’identité et ses excès

La possibilité d’avoir plusieurs identités sur le web peut poser problème. Certains les utilisent dans un but malveillant, tel que le harcèlement. (6)

En août 2016, pour contrer les problèmes liés à l’anonymat des terroristes sur les réseaux sociaux, le député Eric Cotti souhaitait que les utilisateurs des réseaux sociaux prouvent leur identité : «si quelqu’un veut avoir un compte Twitter, Facebook, Snapchat, il devra fournir une pièce d’identité au site». Cette initiative avait pour but de faire face aux menaces djihadistes, et pour s’opposer aux fausses identités ou pseudonymes participants à la diffusion de la propagande terroriste sur les réseaux sociaux. Mais la proposition n’a pas connu de suite. (7)

Parfois, oui, les pseudonymes peuvent s’avérer être un obstacle au respect et à la sécurité d’autrui. N’oublions pas que l’anonymat peut être la conséquence de la crainte des gens à l’égard de leurs données personnelles, qui veulent se protéger et conserver leur intimité, se protéger des curieux, des marchands, des arnaqueurs, des hackers, des pirates, de toute intrusion dans leur vie privée.

En rédigeant cet article, je réalise que l’on ne peut pas juger les motivations individuelles, car chacun demeure libre d’agir selon son cœur.

Dans la mesure où le respect d’autrui est conservé à l’esprit, l’anonymat n’est pas un problème. (8)

La liberté intrinsèque au web, est que chacun est libre d’aborder ce monde virtuel à sa façon. Chacun a ce choix de la discrétion ou bien de révéler au monde entier ses pensées, ses idées, ses activités, sa vie professionnelle, sa vie privée, ses loisirs. Le web est un espace illimité de libertés. C’est un monde virtuel et digital dans un autre monde. Il peut être raisonné parfois comme un monde sans visage, avec tant de pseudonymes et de fausses identités. Toutefois, la communication est maintenue et encouragée.

Est-il préférable d’utiliser plusieurs profils ? Parfois il faudrait donner son vrai nom, élément indispensable pour être crédible dans le cadre professionnel, mais d’autres fois, un pseudo au sein d’un groupe de personnes partageant une même activité, un même centre d’intérêt, pour préserver la vie privée. Vous êtes libre de choisir.

Sources :

(1) – http://www.jesuisvisiblesurleweb.fr/index.php?id=602

(2) – www.lemonde.fr/pixels/article/2016/02/04/onename-un-curieux-projet-de-carte-d-identite-numerique_4859351_4408996.html#gl

(3) – https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/F355

(4) – http://www.babelio.com/liste/696/Les-livres-publies-sous-un-pseudonyme

(5) – https://www.lawinside.ch/336/

(6) – http://enfants-medias.cemea.asso.fr/IMG/pdf/observatoire_basse_normandie_2013-2014_v_28juin_2014.pdf

(7) – http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/2016/08/04/25001-20160804ARTFIG00207-ciotti-veut-que-les-utilisateurs-des-reseaux-sociaux-prouvent-leur-identite.php

(8) – http://www.lemonde.fr/pixels/article/2016/07/29/une-etude-demontre-que-les-internautes-ne-sont-pas-plus-agressifs-lorsqu-ils-sont-anonymes_4976293_4408996.html

Serge-Jérôme Laverny

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