Internet, un espace de liberté où la censure est reine ?

Lorsqu’on entend parler de cybercensure, on pense de prime abord aux pays totalitaires ou conservateurs, tels que la Corée du Nord, la Chine ou certains pays africains. Mais qu’est-ce que la censure internet ? Quelles sont les différentes formes de censure et comment s’appliquent-elles? Où se situe la France ?

La cybercensure ou censure de l’Internet

Selon wikipedia « La censure de l’Internet, appelée aussi cybercensure, désigne les limitations de l’information disponible par l’intermédiaire de ce réseau, pratiquée en général au niveau des États, et à l’encontre des droits de l’homme. »

Pour quelles raisons les gouvernements pratiquent cette censure et par quels moyens ?

Internet est un formidable espace qui permet un accès à la connaissance, à la culture, et à l’information  et qui permet une véritable liberté d’expression. Face à l’essor d’internet, de nombreux pays y ont surtout vu un danger pour leur régime…

Les principales censures peuvent être rangées en 4 catégories :

  • Censure politique
  • Censure religieuse
  • Censure sécuritaire
  • Censure commerciale

Quelle est la différence entre un pays classé « ennemi d’internet » et un « pays sous surveillance » ?

Les premiers contrôlent tout ce qui entre et sort du pays, contrôlent le droit d’accès à internet et ce qui y est visible ou non au sein du pays. Le filtrage et blocage de certains sites sont devenus la norme, tout comme le fait de se servir d’Internet à des fins de propagande. A cela s’ajoute une surveillance ténue des internautes à tous les niveaux, et une répression pouvant aller jusqu’à l’emprisonnement ou l’exécution des cyberdissidents.

Pour les seconds, la censure serait moins importante et systématique et surtout les « internautes récalcitrants » ne risqueraient pas l’emprisonnement ou la mort. Mais pour autant, les libertés fondamentales, telles que la liberté d’expression et les droits de l’homme n’y sont pas respectées sur tous les points.

Les moyens mis en œuvre pour censurer Internet

Il existe de nombreux moyens pour censurer Internet, les principales mesures sont :

  • Le point d’accès unique. Dans certains pays, le gouvernement a mis en place un point d’accès unique au réseau internet, par le biais d’un seul opérateur téléphonique comme c’est le cas en Chine ou en Iran par exemple.
  • Le blocage et filtrage du DNS (Domain Name System) consiste à empêcher la résolution d’un nom de domaine en adresse IP. soit en bloquant la réponse, soit en renvoyant un message d’erreur, soit en retournant l’adresse d’un autre serveur indiquant généralement que l’accès à ce site est interdit.
  • Le blocage et filtrage de l’adresse IP. Dans ce cas, c’est directement l’adresse IP du site web qui est bloquée par le fournisseur d’accès à Internet. Le FAI (fournisseur d’accès à Internet) va juste modifier son serveur DNS pour y changer les adresses IP correspondant aux adresses à bloquer, ou en supprimant directement l’entrée correspondante. Ce qui aura pour effet de rediriger l’internaute sur un autre site Web (de l’autorité ayant ordonné le blocage), d’afficher un message d’erreur expliquant que le site n’existe pas.
  • Le filtrage au niveau des moteurs de recherche consiste à bloquer certains mots clés afin de ne remonter aucun résultat s’ils sont utilisés dans la requête.
  • La suppression ou le blocage ponctuel d’un site
  • L’intimidation. Hacking, attaques physiques, menaces, emprisonnement, piratage contre certains blogueurs, journalistes ou simples internautes.

Défendre la liberté d’expression : Journée mondiale contre la censure sur Internet

En 2008, RSF (Reporters sans frontières) crée  la journée mondiale contre la censure sur internet, aussi appelée journée  internationale pour la liberté d’expression sur Internet. La principale cible de cette manifestation était à l’origine la Chine et ses lois concernant le contrôle d’internet. En cause notamment, les différences de réponses après une recherche sur le même moteur concernant les événements de 1989 sur la place Tien-an-Men entre l’Europe et les Etats-Unis d’un côté, et la Chine de l’autre.

Depuis bientôt 10 ans, cette journée est célébrée tous les 12 mars afin de dénoncer la censure sur internet exercée par de nombreux gouvernements. Malheureusement, la fermeture de sites Internet, le contrôle d’Internet, et la répression des internautes est en constante progression selon RSF.

A l’occasion de cette journée, RSF publie un rapport qui liste les pays considérés comme « ennemis d’internet » et les pays sous surveillance. A cette même occasion, RSF débloque des sites censurés par ces pays, grâce à l’opération #CollateralFreedom. Pour contourner la censure, certains sites censurés sont dupliqués via une technique basée sur celle du miroir. Ils sont ensuite hébergés sur des serveurs utilisés par Google, Amazon ou Microsoft. De ce fait, ces sites miroirs deviennent quasiment imblocables (ou en risquant de causer de nombreux dommages collatéraux sur toute la plateforme). Ce qui engendrerait des risques économiques et politiques énormes dans ces pays.

La cybercensure dans le monde

Etats des lieux de la censure dans le monde

En plus de RSF, de nombreux organismes, organisations ou associations dénoncent cette censure et en donnent des informations détaillées.

L’ OpenNet Initiative , projet avec un réseau international et des moyens techniques considérables, étudiait le filtrage d’internet et les pratiques de sa surveillance  effectuées par les gouvernements de plus de 40 pays. Le site web ainsi que toutes les données récoltées resteront en ligne afin que chacun y ait accès, même si les partenaires de l’ONI décident de cesser leur collaboration en 2014.

Chaque année l’un d’entre eux, Freedom house publie un rapport sur la liberté sur Internet. Sur l’infographie suivante on peut voir que pour 32 des pays référencés, la liberté sur Internet est en déclin contre seulement 13 où les libertés progressent.

Depuis 2011, RSF place la France parmi les pays sous surveillance…

Alors que la France est considérée comme une grande démocratie, symbole des droits de l’homme et de liberté, cette « nomination » a de quoi surprendre.

Quelles sont les raisons qui ont fait que la France est aujourd’hui un pays placé sous surveillance ?

Comme on peut le voir dans le rapport de Freedom House concernant la France à propos de la liberté sur le net, plusieurs aspects sont en régression.

L’accès à Internet est libre mais des zones blanches sont encore à déplorer sur le territoire. L’accès aux contenus et à l’information n’est pas toujours libre, en cause, le droit d’auteur ou de propriété intellectuelle pour certains contenus. Mais également parce que certains contenus portent atteinte à la dignité humaine, pédopornographie ou encore apologie du terrorisme. Là où la France pêche le plus c’est au niveau des droits des utilisateurs, pour lesquels la vie privée n’est pas forcément respectée.

A l’origine de cette « vigilance » vis-à-vis de la France, les lois LCEN (loi pour la confiance en l’économie numérique), Dadvsi, Hadopi et LOPPSI2. Sans compter le durcissement de la loi sur la sécurité intérieure et la mise en place de l’état d’urgence suite aux attaques terroristes de 2015.

Dans ces différentes lois, ce qui inquiète, ce ne sont pas toujours les raisons initiales qui ont fait naitre ces lois, mais le côté abstrait de certains de leurs articles pouvant vite amener à des dérives anti-démocratiques. Ainsi que les violations de certaines libertés fondamentales  et portant atteintes aux droits de l’homme. On peut citer notamment la liberté d’expression, la liberté d’information, le droit à la vie privée, le libre droit d’accès à l’information… :

  • Blocage et déréférencement de sites sans décision de justice
  • Filtrage du net
  • Mise en place de logiciels espions
  • Suppression de comptes sur des réseaux sociaux
  • Possibilité de perquisition et de fouille sur tout appareil électronique sans décision de justice
  • Stockage de données personnelles

La France est donc placée sous surveillance, RSF lui conseillant une politique Internet moins sécuritaire et plus conforme aux droits de l’homme. RSF ainsi que les nombreux militants pour la liberté sur le Net et pour les droits de l’homme présents en France restent vigilants. Surtout que de nouvelles lois annoncées semblent continuer sur la même ligne…

 

 

 

Carine Panassié

Sources :

wikipédia

https://freedomhouse.org

www.rsf.org

https://www.laquadrature.net

https://fr.vpnmentor.com

http://www.20minutes.fr

https://www.numerama.com

Crédits photos :

https://freedomhouse.org

https://pixabay.com

 

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