L’enjeu des pseudos sur Internet

avatar identité numérique

Internet “2.0” est défini ainsi pour l’avènement de la communication “dématérialisée”. Désormais, chacun a la possibilité de partager avec le monde entier, grâce aux réseaux sociaux et autres sites communautaires. De cette pratique s’est développée une nouvelle norme pour définir notre identité : le pseudo.

Le pseudo, l’identité du web

Internet n’abrège pas entièrement les codes d’une relation. Pour communiquer entre eux, deux individus doivent être identifiés. Dès les premières formes d’échanges numériques, l’usage du pseudo s’est rapidement répandu pour devenir une norme parfaitement intégrée. À la manière d’une star de cinéma qui va cacher son identité officielle, l’internaute n’est plus connu que par un subterfuge qu’il a lui-même inventé. Très vite vont alors apparaître des kevindu92 ou autre bogossxD, des dénominations qui cachent des adolescents jouant de leur imagination pour se prénommer de la façon dont ils le désirent. En France, ce sont skyblog et MSN qui ont rendu populaire cette manière de communiquer, auprès du jeune public notamment. S’en est suivi la création de communautés en ligne, regroupant des personnes partageant un intérêt commun et où les échanges sont nombreux.

Mais si cette jeune génération se l’est bien appropriée, d’autres ont réussi à se faire connaître et à devenir une personnalité du web : Norman, Usul ou les golden moustache en France. Nostaligia Critic ou les MEGA64 aux Etats-Unis. Si ces quelques noms ne vous disent rien, sachez qu’ils sont suivis par des millions de fans à chacune de leurs publications sur leur blog. Le phénomène est tel que l’on voit aujourd’hui Cyprien sur W9 ou DiabloX9 chez Téléloisir.

De ce point de vue, le pseudonyme représenterait à lui seul l’identité sur internet. Ce serait négliger ce qui est devenu le symbole du web 2.0 : le réseau social. Réseau social où cette doublure numérique qu’est le pseudo n’est pas vue d’un bon œil…

“Veuillez donner votre nom et votre prénom”

En 2007, avec l’arrivée massive de facebook et autre MySpace, une nouvelle habitude a été initiée par ces sites, qui vous proposent de retrouver vos “vrais” amis, ceux avec qui vous avez une relation physique bien réelle. Bien évidemment, pour être facilement visible et reconnaissable, mettre un pseudo ne rentre plus dans la logique de partage. Donner ses informations personnelles devient vite une obligation pour les nouveaux inscrits. Là où chan IRC et forums étaient rempli d’inconnus, Facebook oblige presque l’utilisateur sérieux à dévoiler son nom et prénom. Dans leurs conditions d’utilisation, le site de Mark Zuckerberg et Google+ vont même plus loin en stipulant qu’il est interdit de mettre un pseudonyme en lieu et place de son identité officielle. Il est donc théoriquement impossible de mentir sur soi-même, sous peine de voir son compte fermer. Cependant, les victimes de cette politique ont vivement réagi en accusant les deux géants américains de violer leurs libertés fondamentales. Chez Google, on a assisté à un léger retour en arrière en rappelant dans leurs conditions générales qu’il était tout à fait possible de remplir un champ “autres noms” dans le profil. Du côté de Facebook, on déclare qu’il en va de la sécurité de tous, quitte à paraître un peu trop autoritaire.

Néanmoins, la grande quantité de pseudos sur les réseaux sociaux montre que les internautes tiennent à garder cette face “cachée”. Une particularité du web, qui développe cette culture des pseudonymes depuis ses débuts, qui ne fait pas les affaires des acteurs majeurs d’internet, ayant des enjeux économiques considérables à la clé.

Le pseudo, synonyme d’anonymat ? Pas si sûr.

identité numérique et anonymat

Les internautes sont souvent surveillés, plus qu’ils ne le pensent.

Si beaucoup utilisent un pseudo pour une simple raison d’anonymat ou de pudicité, d’autres, plus malhonnêtes, ont rapidement compris que cette invisibilité toute relative leur permettait de faire tout et n’importe quoi. La liberté de parole, permise alors, entraine l’adoption d’un comportement déviant. Si ces personnes ont cru que plus rien ne les limiteraient, leur anonymat n’est en réalité que partiel. Certes, les autres utilisateurs ne verront que des messages écrits par un inconnu mais les administrateurs du site et les autorités du web ne manqueront pas de moyens pour retrouver la personne physique coupable de ces paroles.

C’est ce qui est arrivé à des utilisateurs de twitter, qui ont dû répondre de leur tweet mettant en scène le hashtag #unbonjuif. Pour rappel, en octobre 2012, apparaît dans les tendances Twitter ce mot-clé, qui a tristement réuni quelques 5000 tweets. Plusieurs associations luttant contre l’antisémitisme ont assigné en référé (une procédure d’urgence) le réseau social. La justice française s’est emparée du dossier et a exigé du site de microbloging américain de lui livrer l’identité des auteurs des messages aux 140 caractères. Une affaire difficile à résoudre, car les serveurs étant basés aux États-Unis, la loi américaine s’applique. Son principe se reposant sur une liberté d’expression totale, il n’était pas question pour eux de livrer les informations personnelles des comptes concernés. Après plusieurs mois de procès, qui ont vu Twitter promettre de livrer les données de ses utilisateurs sans jamais passer à l’acte, le réseau social a finalement accepté de coopérer le 12 juillet 2013, suite à la décision de la cour d’appel de Paris qui l’obligeait à communiquer les informations utiles à l’identification des auteurs des tweets.

Cette affaire, très largement relayée dans les médias, a connu un dénouement plutôt favorable mais s’apparente à l’arbre qui cache la forêt. Cette situation n’est et ne sera ni la première, ni la dernière du genre et on peut légitimement se poser la question du rôle que prend le pseudonyme dans ce genre d’histoire. Apparaitre avec sa vraie identité semble donc être une bonne solution pour éviter ces débordements. Et pourtant, des expériences menées en ce sens attestent de résultats surprenants.

Pseudonyme et nom réel, à chacun son utilisation

identité numérique et empreintes digitales

Des sites ont demandé à leurs utilisateurs de montrer patte blanche si ils voulaient interagir avec les autres membres.

En Corée du Sud, les sites ayant plus de 100.000 visiteurs se sont vus obligés par le gouvernement de demander à leurs utilisateurs de se connecter avec leur vraie identité. Quatre ans plus tard, cette expérience a été suspendue. Les résultats sont pour le moins anecdotiques, on dénote une baisse de seulement 0.09% de commentaires injurieux. S’exprimer en son nom ne serait donc pas un frein aux comportements déviants. Une étude menée par Disqus, un site spécialisé dans les communautés web, va encore plus loin dans le raisonnement, en réalisant que les commentaires postés sous des pseudonymes sont de bien meilleure qualité que ceux apparaissant sous de vrais noms.

Cela va donc dans le sens des défenseurs du pseudo, qui veulent préserver leur anonymat et ne pas offrir leurs informations, qui pourraient être utilisées par les géants du web, sans véritable contrôle. Déjà bien chahutée par de nouvelles techniques de traçage de plus en plus intrusives, la protection de nos données personnelles se verrait être encore plus mise en danger sans fausse identité.

Les pros-pseudo auraient aussi tout intérêt à citer Marcienne Martin, qui précise dans son livre “Se nommer pour exister, l’exemple du pseudonyme sur internet”, que le pseudo n’est pas qu’un simple surnom mais aussi un reflet de la vie sociale de l’internaute. Une vraie manière de se dévoiler sans avoir la crainte d’être identifié par notre entourage.

Encore une fois donc, tout cela montre que faire l’analogie entre les personnes cachées derrière un masque identitaire sur la toile et les comportements déviants, au sens négatif du terme, n’est pas réaliste. Cela relève d’une certaine pudicité, au contraire des pré-reçus qui veulent qu’être caché sous-entend des pratiques litigieuses. Dans un monde idyllique, le pseudo participe même à l’égalité de tous, car il gomme toute forme d’inégalité. Chacun est sur le même pied d’égalité sur la toile, rien ne permet de nous différencier.

Pour conclure, le pseudonyme est le premier moyen historique de s’identifier sur internet et les surfeurs du web ont réussi à lui trouver une utilité nouvelle, un complément certain à l’identité physique. Souvent en bien, parfois en mal, son utilisation a pris une dimension inimaginable en quelques années et les craintes que cela pouvait laisser entendre ne sont finalement pas si justifiées que l’on pourrait le croire. Ce que l’on peut affirmer néanmoins, c’est que personne n’est prêt à renoncer à son petit coin tranquille sur internet, quoi qu’il y fasse.

Léo Legrand

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