La mort numérique, une nouvelle perception de notre identité dans l’au-delà ?

Devenez_immortel

La notion de mort biologique est, à priori, contradictoire avec celle de mort numérique. On appelle « mort biologique » l’arrêt irréversible des fonctions vitales d’un être vivant. Cependant nos données numériques subsistent après notre disparition: on parle alors d’identité post-mortem. Le développement du web et de ses usages a engendré des problématiques sociales et commerciales concernant nos données en ligne jusque-là inédites.

Jusqu’où ira le business de la mort en ligne ?

Quand certaines personnes se questionnent sur ce qu’il adviendra d’eux après leur mort, d’autres se demandent quel sera le devenir de leurs données numériques. On parle d’entretien virtuel avec un défunt quand il est possible de laisser des messages ou de mettre une fleur sur une tombe virtuelle pour seulement 90 euros. Facebook a lancé un service permettant de transformer une page en sanctuaire pour les proches. Pas étonnant lorsque l’on pense que près d’un profil sur cent est celui d’une personne décédée, soit presque 130 millions de profils aujourd’hui.

Certaines start-up surfent également sur le business de la mort en ligne et n’hésitent pas à exploiter ce filon. « Devenez simplement immortel ». C’est la promesse d’Eterni.me, un site lancé il y a presque un an et qui propose de créer un avatar personnalisable capable de converser avec ses proches après la mort. Des chercheurs et entrepreneurs du MIT se sont inspirés de la série britannique Black Mirrors pour explorer la thématique de la mémoire digitale. Bien que la plateforme ne soit pas encore fonctionnelle, les internautes peuvent dès à présent avoir un aperçu des services proposés. Il sera alors possible de créer une doublure « post-mortem », générée par un algorithme complexe, qui répondra via un chat ou par des vidéos à vos proches.

Un prolongement du deuil parfois difficile

Cette tradition de converser avec les défunts n’est pas nouvelle. Il arrive souvent, notamment aux Etats-Unis, d’entretenir une conversation avec un mort lors de funérailles. Dans l’univers du numérique, l’identité du défunt persiste et tend à se développer. Ces discussions à travers les divers services proposés sur le web permettent de garder une certaine forme d’immortalité et peuvent parfois jouer un rôle thérapeutique. Cependant, les nouvelles technologies ont de quoi poser problème, notamment au niveau psychologique pour les personnes ayant perdues un être cher. Ces outils mis à disposition des internautes deviennent alors un frein au processus de deuil. Récemment, Facebook a proposé pour cette fin d’année une application permettant de visionner un récapitulatif des meilleurs moments de l’année 2014. En regardant celle proposée par le réseau social, Eric Meyer a eu la mauvaise surprise de découvrir une photo de sa fille de six ans, décédée quelques mois plus tôt d’un cancer. Cet algorithme malencontreux n’a pas pris en compte la dimension humaine de la situation.

Même si le désir d’immortalité peut, en quelque sorte, prendre forme avec le numérique, il est important de reconsidérer l’exploitation commerciale de la mort sur internet pour remettre en avant la dimension humaine.

Enora Gathignol
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