La valeur des données personnelles sur le web : mythe ou réalité ?

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Internet est probablement le service gratuit le plus utilisé au monde.  Il facilite notre quotidien et à chaque fois que nous l’utilisons, nous engageons nos – précieuses – données personnelles. Nous l’alimentons sans cesse sans mesurer que nos comportements sur la toile sont accessibles, exploitables et monnayables.
C’est sans doute le prix à payer !

La gratuité a un prix

Nous communiquons presque tout par Internet et nous partageons par son biais notre identité, notre taille, notre orientation politique et sexuelle, nos choix, nos humeurs, nos envies, notre personnalité, nos projets, nos souffrances, la race de notre chien….et nos coordonnées bancaires !

illustration-articleDe l’autre côté de la toile, nos données personnelles, – futiles soient-elles –  sont enregistrées par certains géants comme Google et Facebook  qui ont vu là une opportunité de générer des revenus.
Leur modèle économique est basé sur le flux de ces données qu’ils génèrent au travers d’Internet. Ce flux est devenu en quelque sorte leur fond de commerce.

C’est ce même modèle économique qu’utilisent les applications gratuites que l’on télécharge sur notre smartphone : nous les payons en leur permettant d’accéder aux contenus de notre téléphone !

C’est l’internaute lui-même qui alimente sans cesse cette ‘collection’ de données en ignorant les enjeux économiques sous-jacents.

Cette opportunité économique a vu également naitre d’autres acteurs spécialisés dans la collecte de données et qui ont pignon sur rue aux Etats Unis¹.

¹Data Brockers, A call for Transparency and Accountability

Monétisation des données : entre cadre juridique et réalité économique

Sur le plan juridique, le législateur a posé les bases d’une réglementation qui a dû sans cesse s’adapter aux nombreuses innovations des acteurs du web.

Dans l’Union Européenne, le Règlement du 24 mai 2016 a renforcé la Directive 95/46/CE sur la protection des données personnelles et  prévoit des sanctions sévères à toute entreprise  au sein de l’Union Européenne qui ne respecterait pas ce droit (4% du Chiffe d’Affaire d’un Groupe). Elle renforce également le droit à l’oubli.
Cette adaptation de la directive de 1995 était nécessaire dans un monde où les réseaux sociaux, la géo-localisation, les smartphones véhiculent de nombreuses informations nous concernant.

En pratique,  la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), l’autorité française chargée de la protection des données personnelles, veille à ce que les particuliers soient protégés et les entreprises conformes aux règlementations. Elle a d’ailleurs annoncé avoir mis en demeure Facebook, le 8 février 2016, lui reprochant de nombreux manquements à la loi française sur la protection des données personnelles.

En 2009, la Commissaire Européenne à la Consommation Meglena Kuneva utilisait la formule : «Les données personnelles sont le nouveau pétrole de l’Internet et la nouvelle monnaie du monde numérique »

Les années ne l’ont pas contredite !

La preuve en est, les revenus générés par les publicités sur Internet ont augmenté de façon exponentielle. Ces campagnes publicitaires se basent essentiellement sur la collecte d’informations personnelles.


Si les publicités ‘fonctionnent ‘ c’est parce que les publicitaires vous connaissent. Grâce à l’analyse de vos données personnelles, ils peuvent prédire et anticiper très précisément  vos goûts et prochaines envies.

La matière première du publicitaire est la donnée personnelle  et c’est vous qui la lui fournissez !

De plus, d’ici 2020, 50 milliards d’appareils seront connectés à Internet (Source : Ericsson, Intel) ce qui augmentera considérablement le nombre de données personnelles : chaque clic de l’internaute est enregistré puis analysé, exploité et classé par catégories. Cela passe par son identité digitale, sa relation aux autres, ses transactions financières,  son historique médical jusqu’à ses communications.

Je vous laisse imaginer le volume de données que cela représente : un terrain fertile à exploiter !

Quel est le juste prix de ces données ?

Tous ces comportements numériques se monétisent et chacun y va de sa petite formule mathématique pour calculer le juste prix.  Le Financial Times a même créé un calculateur de la valeur de vos données² !

Une autre méthode utilisée est celle qui se base sur le rachat d’une entreprise qui ne génère pas toujours des revenus.
A titre d’exemple, c’est pour ses 600 millions d’utilisateurs que Facebook a racheté WhatsApp pour 19 milliards de dollars, soit environ 30 Dollars l’utilisateur. Même type de transaction pour l’acquisition de Minecraft par Microsoft (Les Echos business). Ce prix peut varier selon les données de l’entreprise vendeuse.

On peut aussi estimer cette valeur en calculant le manque à gagner quand les données disparaissent, à la suite d’un piratage ou d’un accident.

Une chose est sûre, pour pouvoir utiliser ces données et pouvoir les monétiser il faut les traiter et les analyser par ‘paquets’. C’est ce qu’on appelle l’analytics dans le jargon  des professionnels du « big data » ou des méga données et c’est dans ce domaine qu’excelle les pure players comme Google, Facebook, Amazon ainsi que d’autres sociétés cotées en bourse.

²What is your Data Worth?

Le marché de cette nouvelle matière première

Aux Etats-Unis, les data brockers (courtiers en données) sont l’équivalent des traders sur les marchés financiers mais pour les données personnelles. Concrètement, ils récupèrent toutes sortes de paquets de données et les revendent à des entreprises désirant les exploiter à des fins publicitaires ou autres. La valeur maximale ne dépassant pas 1 Dollar.


Par exemple, l’information générale d’une personne (son âge, son sexe, sa localisation) vaut 0,0005 Dollar par individu. Les données de consommateurs intéressés par un voyage, un produit financier ou un produit en particulier ont un prix plus élevé (source The Financial Times).

La somme de ces petits chiffres peut atteindre des millions de Dollars !

Ces sociétés de brockers sont nombreuses aux Etats Unis et certaines d’entre elles collectent les informations de millions d’internautes¹.

En France  aussi cette pratique existe et est très surveillée par la CNIL qui a un pouvoir plutôt dissuasif que répressif pour l’instant. Les instances juridiques ont en effet une longueur de retard par rapport à l’évolution fulgurante de ce marché des big datas.

Toutefois, nous constatons que ces acteurs du web (Google, Amazon, Facebook, Twitter, LinkedIn, Deezer, sites de vente en ligne, etc…)  s’empressent de mettre à jour leur  politique de protection des données à caractère personnel pour rester dans la légalité.  Preuve que le ‘dissuasif’ fonctionne.

Est-ce suffisant ? La CNIL ne peut empêcher la pratique de la collecte des données puisque l’internaute a le choix de les fournir ou pas.  Elle peut néanmoins anticiper l’utilisation de ces données et axer sa répression sur le caractère personnel et ainsi brandir l’interdiction de toucher à la vie privée  de chacun.  Ces ‘collecteurs’ pourraient ainsi être contraints à la transparence dans leur pratique.

Mais est-ce que les géants du net n’ont pas déjà anticipé cet aspect ?

Réalité sociale

En amont, la machine économique des géants du web est enclenchée et en aval la machine juridique, bien moins infernale, essaie de colmater les fuites.

L’internaute, à la croisée des chemins,  est celui qui est à la source de ce ‘nouveau business’ des données personnelles. Mais entre l’envie d’accéder facilement à tous les services du net et la volonté de protéger sa vie privée…il tourne en rond. C’est un peu le chat qui se mord la queue…

Amel Penant

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