Les contrats d’assurances e-réputation sont-ils indispensables ?

Clavier-Assurance-Internet

Face aux dangers liés à l’utilisation accrue des réseaux sociaux, les assureurs ont flairé le bon filon et commercialisent depuis plusieurs mois des contrats censés préserver notre e-réputation.

En 2011, Swiss Life lance l’une des premières offres d’assurance en France qui met à la disposition des particuliers les moyens à la fois financiers, juridiques et techniques pour les protéger en cas d’atteinte à leur réputation sur internet. Depuis, la formule a fait des émules. Mais que proposent concrètement c es contrats ? On retrouve les traditionnelles informations juridiques par téléphone, la défense des droits de l’assuré par une procédure amiable ou judiciaire.

D’ailleurs pour ces dernières, l’assureur devra juger opportun la démarche et que l’internaute porte plainte contre le responsable. Pas facile quand le responsable n’est pas soumis aux lois françaises ou européennes. Les contenus quant à eux sont l’apanage de sociétés spécialisées. Elles vont se charger de supprimer les données lorsque cela est possible, ou bien de créer du contenu positif et ainsi reléguer en arrière-plan le contenu négatif qui n’a pu être supprimé.

Assurances tous risques ?

Sur le papier, l’offre est intéressante mais en se penchant sur les conditions générales, on décèle des clauses très restrictives. Tout d’abord, l’assureur n’a pas obligation de résultats mais une simple obligation de moyens. Il est vrai que d’indiquer à l’assuré que l’assureur s’engage à effacer toutes les traces serait tout simplement une hérésie.

De même, les conditions d’applications sont également très limitées. Très souvent ces contrats ne vont pas se mettre en place dans le cas où vous étiez d’accord pour mettre le contenu en ligne ou pire si vous en étiez l’auteur. Malheureusement, la majorité des “Bad buzz” commence avec une vidéo postée de son plein gré par l’internaute. Si cela vous arrive dans un contexte professionnel, de la vie associative ou d’un mandat électif, on ne prendra pas en compte l’atteinte à votre e-réputation.
Enfin, les prestations financières paraissent souvent limitées. 5 000 € de prestations dans une société spécialisée ne permet pas de nettoyer sa e-réputation. Le phénomène sera amplifié par le phénomène de latence entre la prise en charge du dossier et la mise en pratique des solutions par le prestataire. Certaines légendes urbaines ont en effet la peau dure. C’est le cas du célèbre hoax sur la société Moët et Chandon qui offrirait des bouteilles aux internautes en guise d’opération de communication.

 Demande réelle ou marché de dupes ?

Le public type est évidemment les parents d’adolescents confrontés – et souvent dépassés – par les réseaux sociaux, pour qui il peut être rassurant de se prémunir de dérapages éventuels. Le prix de cette sécurité ? Entre 9 et 13 € par mois, qui plus est souvent noyés dans une offre packagée.
En revanche, ces offres ne s’adressent pas aux professionnels. Cela reste compliqué pour une entreprise de se protéger de propos diffamants, leur principal recours reste donc de déposer plainte.
Enfin, en aucun cas ces produits d’assurances ne pourront se substituer à des services déjà existants mais malheureusement méconnus. La Loi de confiance en l’économie numérique (LCEN) permet de demander à un hébergeur de supprimer du contenu diffamant. La CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés), peut aussi se retourner contre un responsable de site. La seule contrainte est le temps que demandent ces démarches.
Véritable produit d’appel pour les assureurs, les contrats e-réputation manquent de maturité. Effacer le décalage entre les moyens mis en place et la réalité du web est un vœu pieux.

Benoit Meleiro

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