Les nouvelles formes de cybercriminalité

Societe e-reputation

L’avènement d’internet laissait imaginer un monde uni grâce aux nouvelles technologies. Avec le recul, leur utilisation a aussi engendré de nouvelles formes de criminalité. En effet, le libre-arbitre des utilisateurs a fait d’internet un moyen complémentaire pour nuire à une personne : les spécialistes appellent cela le cyberbullying et le happy slapping.

Définition et mode opérationnel

Le cyberbullying

Le cyberbullying c’est : intimider, contrôler, manipuler, mettre bas, discréditer à tort ou humilier une personne ou un groupe de personnes en utilisant les nouvelles technologies.Le but est de dénigrer la victime en la mettant dans des situations dégradantes ou embarrassantes via des photos détournées et envoyées en masse sur les mobiles en MMS ou pages Web.

Cela constitue un double impact pour la victime qui ne peut sortir de cet engrenage et les effets sont immédiats : absentéisme (travail, école), dépression, perte de l’estime de soi, certains cas de suicide sont même à déplorer.

Le happy slapping

Le happy slapping  consiste à filmer avec son téléphone portable de simples chamailleries entre amis jusqu’à des scènes criminelles et de les diffuser sur le web.
Le plus étonnant est que l’anglicisme signifie que les « acteurs » des vidéos se donnent des baffes joyeusement, alors que sur la plupart des vidéos les internautes assistent à un lynchage violent.
Le pire dans tout cela c’est que les commentaires s’orientent vers les félicitations pour l’agresseur, les images sont retweetées, des pages Facebook sont créées, des vidéos sont montées,…
Il semblerait donc que ces deux formes de cybercriminalité sont, pour ainsi dire, « complémentaires ».
Sachant que les internautes ne se limitent pas un seul compte sur un réseau social, les moyens de diffusion sont multiples et faciles d’accès.
S’ajoutent à cela les smartphones, avec lesquels il est encore plus facile de mettre une photo ou une vidéo sur nos réseaux sociaux préférés et de tagger directement la personne concernée.

Le cadre juridique en France : La CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés)

Le lynchage sur Internet est encadré par la CNIL dont la mission est de protéger les citoyens avec le droit d’accès d’opposition et de rectification. (1)
La CNIL essaie tant bien que mal de mettre en garde les publics concernés suite au nombre de plaintes augmentant considérablement. Constatant la recrudescence des plaintes liées à la cybercriminalité, la CNIL a lancé une campagne de sensibilisation auprès des enseignants, ayant pour objectif premier d’expliquer aux jeunes que la vie privée se protège.
En effet, les mineurs sur les réseaux sociaux constituent la majorité des utilisateurs.

Le happy slapping est cependant d’avantage pris au sérieux : la loi n° 2007-297 du 5 mars 2007 relative à la prévention de la délinquance stipule que l’enregistrement de telles images est passible de 5 ans d’emprisonnement et de 75 000 Euros d’amende.(2)

Le cadre juridique est fixé, mais comment s’adapte les réseaux sociaux ?

Sachant que les réseaux sociaux sont de grands terrains de jeux pour la cybercriminalité, comment les réseaux sociaux adaptent-ils leur politique de sécurité pour ses utilisateurs ?

Le problème qui se pose est que l’arrivée des réseaux sociaux aggrave le harcèlement.Le nombre de commentaires et de vidéos est tel qu’il est considéré comme impossible à modérer. Les rumeurs sont lancées dans les réseaux sociaux puis enrichies dans le monde réel en un temps infiniment petit. De plus, un adolescent ne se limite pas à utiliser un seul réseau social, il a plutôt tendance à avoir plusieurs comptes. Donc toujours plus de moyens pour propager des informations non désirables.
Les réseaux sociaux sont le théâtre d’un réel défouloir pour les jeunes internautes qui ne connaissent pas le poids des mots, et se considèrent transparents sur internet donc intouchables.

Prenons l’exemple de Facebook

Facebook s’engage à  protéger ses utilisateurs, en masquant un commentaire et une vidéo et en le signalant.

Deux choix s’offrent à l’internaute :

  1. Demander au dépositaire du commentaire non désiré de supprimer,
  2. Faire un rapport qui sera examiné par un modérateur à une réponse nous prévient de la sanction effectuée : suppression du commentaire et avertissement pour l’utilisateur.

En revanche, le droit de suppression des données sur Facebook est réservé aux mineurs de moins de 13 ans. Ce droit est malgré tout limité.

« Pas d’information provenant d’enfants de moins de 13 ans. Les enfants de moins de 13 ans ne doivent pas s’inscrire sur Facebook ni nous fournir des informations personnelles les concernant. Si nous apprenons avoir recueilli de telles informations personnelles d’un enfant de moins de 13 ans, nous supprimerons ces informations dans les plus brefs délais. Si vous pensez avoir trouvé des informations provenant d’un enfant de moins de 13 ans, veuillez nous contacter par le biais de cette page d’aide. »
Facebook : politique de confidentialité

Mais la page sur la page d’après :
«[…] . Vous ne recevrez aucune confirmation de cette opération, mais vous ne pourrez plus voir le journal de cet enfant sur le site. […]
S’il n’est pas raisonnablement possible de vérifier que l’enfant signalé a moins 13 ans, nous ne pourrons peut-être pas prendre de mesures concernant son compte. Le cas échéant, si vous n’êtes pas le parent de cet enfant, nous vous recommandons de demander à l’un de ses parents ou tuteur de nous contacter à l’aide de ce formulaire. »
L’encadrement juridique et l’engagement des réseaux sociaux sur le sujet paraissent très vagues et, pour tout dire, pas réellement pris au sérieux. Alors que, dans le même temps, le phénomène ne cesse de prendre de l’ampleur depuis 2006.
Le respect de la vie privée est un droit pour chacun. Cependant, de nombreux internautes, notamment les adolescents ou les parents qui affichent leurs jeunes enfants sur le net, s’exposent à la cybercriminalité par leur manque de vigilance.
Comment faire comprendre aux internautes qu’ils se privent de ce droit en faisant une mauvaise utilisation des réseaux sociaux? Face à quels problèmes les plus jeunes vont-ils se heurter une fois devenus adultes ?

(1) La CNIL met à disposition du public un fichier comportant l’ensemble des données circulant sur la toile. Chacun peut demander ce fichier, et exercer son droit de rectification. La CNIL s’engage à effacer les traces et à porter plainte auprès du procureur de la République.
Si vous désirez faire la demande de ce fichier, rendez-vous à l’adresse suivante :
http://www.cnil.fr/vos-droits/les-courriers-pour-agir/

(2)    Article 222-33-3 dans le Code pénal qui emporte deux conséquences à l’égard de la personne enregistrant les images d’atteintes portées à l’intégrité physique de la victime :
le prévenu est tout d’abord considéré comme complice légal de la personne se rendant coupable des atteintes à l’intégrité physique de la victime, s’exposant à l’application des mêmes peines que s’il se rendait coupable de ces actes de violence7 ;
le fait de diffuser l’enregistrement de telles images est par ailleurs érigé en infraction autonome, punie de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende.
Le troisième alinéa de cet article dispose qu’il n’est pas applicable « lorsque l’enregistrement ou la diffusion résulte de l’exercice normal d’une profession ayant pour objet d’informer le public ou est réalisé afin de servir de preuve en justice », excluant ainsi les journalistes couvrant d’éventuels évènements violents, ainsi que la vidéosurveillance servant dans un cadre judiciaire, de toutes poursuites.

Magali COLAS

Menu Principal