Les réseaux sociaux comme facteur de développement de la démocratie : mythe ou réalité ?

L’avènement d’Internet à la fin du XXe siècle est empreint d’un discours de déterminisme technologique : la technique va bouleverser la société dans laquelle nous vivons. Plus encore, le web aurait des vertus démocratiques : plus de transparence, facilitation du débat, capacité à interagir et à communiquer plus rapidement, voilà quelques-uns des arguments avancés. Mais qu’en est-il réellement ?

Promesses et espoirs du développement numérique

Les nouvelles technologies promesse d’un monde meilleur ou métaphores hollywoodiennes ?

Les promesses d’un monde meilleur relayées par les médias accompagnent les nouvelles technologies et alimentent les discours politiques. L’autoroute de l’information, expression utilisée dès 1985, constituerait une alternative politique largement reprise dans les campagnes électorales.

La chute du mur de Berlin (1989), la crise économique des subprimes de 2008 outre-Atlantique, et plus récemment les crises migratoires vont changer le tissu économique et social des démocraties représentatives.

Le développement du numérique est présenté comme le Graal qui va résorber le chômage et augmenter le pouvoir d’achat. Cette promesse tarde à venir érode les illusions et exacerbe les doutes et la méfiance envers les représentants politiques.

Les réseaux sociaux nouvelle utopie ?

C’est dans ce contexte tendu qu’apparaissent les réseaux sociaux. Au départ considéré comme un facteur de lien social qui permet une expression libre et interactive, leur usage sera peu à peu détourné au profit de projets plus mercantiles. Le loup, nommé algorithme, entre dans la bergerie et met la démocratie en danger. Les algorithmes violent notre intimité et remettent en cause notre souveraineté.

Quels sont les impacts des réseaux sociaux sur la démocratie ?

Les réseaux sociaux une opportunité pour la démocratie

L’impact des réseaux sociaux sur les régimes autoritaires est salué par les démocraties occidentales, lorsqu’en 2011, ils offrent une nouvelle opportunité de diffusion démocratique de la parole à l’origine du « Printemps arabe ». Le peuple s’empare de cette arme de « dégagisme massif ». Les réseaux sociaux remplacent la presse traditionnelle muselée par le pouvoir.

Il est incontestable qu’ils ont joué un rôle essentiel dans la diffusion de l’information. Le 17 février 2018 Kofi A. Annan, ancien Secrétaire général des Nations unies, livre son point de vue à l’Orient-le-jour : « À l’époque, le tweet semblait parfois plus puissant que l’épée. » Il est vrai que cette démocratie tant attendue n’est pas encore au rendez-vous. L’échec peut être attribué au manque de structuration et à l’incapacité de ces mouvements nés grâce aux réseaux sociaux de trouver un leadership efficace. Le potentiel offert au peuple d’accéder à la souveraineté aura fait frémir plus d’un dictateur désormais sur la défensive.

Démocratie représentative versus démocratie directe

Cette question du leadership fait écho au mouvement des « gilets jaunes » né à l’automne 2018 en France sur les réseaux sociaux pour contester l’augmentation des taxes sur le carburant. Ce mouvement cristallise le rejet de la démocratie représentative. La défiance vis-à-vis des représentants élus, le rejet des syndicats, un abstentionnisme exponentiel à chaque échéance électorale sont quelques-uns des facteurs de ce désenchantement politique. Toutefois, à la lecture des messages postés sur les réseaux sociaux, il paraît évident qu’on est loin du romantisme d’une sociabilité démocratique.

Invitée des « matins de France Culture », Clara Schmelck pointe les dérives de certains discours. Elle constate un rejet de la démocratie représentative au profit d’une représentativité directe. Elle note deux tendances dans les groupes Facebook :
« ceux qui souhaitent s’organiser pour se faire entendre et aboutir à de nouvelles lois
et ceux qui veulent une rupture totale avec le système démocratique… la démocratie représentative n’a plus de sens c’est celui qui crie le plus fort qui a raison. »

Transparence versus fake news

Ces messages sont sans filtre et souvent anonymes, et, plus alarmant, ils laissent circuler des informations invérifiables, issues de sources obscures. Dominique Wolton, sociologue français invité de C politique, sur France 5 le 16 décembre 2018, donne une explication à ce phénomène : « Il n’y a jamais eu autant d’information mais personne ne pensait que ce volume d’informations aboutirait à si peu de diversité, il y a de plus en plus de rumeurs et de complotisme. » Il rajoute que les journalistes, face à la concurrence, doivent « valider ce qui est de l’info de ce qui ne l’est pas ». C’est un enjeu de démocratie

Il est légitime alors de se demander si le mythe fondateur de Facebook, par exemple, qui part du principe que nous sommes tous amis, dès lors que nous faisons partie d’un même groupe, est réel. L’usage montrera que les réseaux sociaux ont très mal anticipé la violence qui peut se dégager de deux pouces et très peu de signes

Pour garantir l’équilibre de la démocratie, des changements doivent s’opérer. Les excuses de Mark Zuckerberg, patron de Facebook, ne suffiront pas à faire oublier la diffusion de fake news et l’exploitation de données personnelles pendant les dernières campagnes électorales américaine et française. Même s’il promet de ramener son algorithme à son intention initiale – créer du lien – le ver est dans la pomme. Il s’agit maintenant de défendre un autre enjeu de la démocratie : notre liberté et notre droit à l’intimité, pour rouler en sécurité sur cette autoroute de l’information, et sans en payer le prix fort.

 

Mona Jalbo

http://www.mona-jalbo.fr/

 

 

 

 

Sources :

Christophe Alcantara, enseignant-chercheur en Sciences de l’Information et de la Communication.

Point de vue, Kofi A. Annan, Secrétaire général des Nations unies de 1997 à 2006 parut le 17 février 2018 dans l’Orient-le-jour, quotidien libanais.

https://www.franceculture.fr/emissions/linvite-des-matins/gilets-jaunes-la-democratie-peut-elle-se-jouer-sur-les-reseaux-sociaux

C politique, sur France 5 le 16 décembre 2018, invité Dominique Wolton, sociologue français.

 

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