Les réseaux sociaux et la politique : l’avènement de la politique émotion

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Avec l’avènement des réseaux sociaux et du web participatif les usages et comportements sociétaux ont été chamboulés. Ces changements ont affecté la population mais également les institutions représentatives et bien entendu les représentants de l’état que sont les politiques.

Le politique est aujourd’hui en pleine mutation. Si auparavant l’homme politique était inaccessible, réfugié dans ses instances, il est désormais devenu « le voisin d’à-côté ». Twitter, Facebook et Instagram pour certains, sont devenus des moyens de communication de proximité auprès de la population. Si cette proximité libère la parole, elle pose également le problème de la « politique émotion », cette politique de réaction « à chaud » imposée par les réseaux sociaux qui entraîne un manque de recul des pouvoirs publics. Dans ce schéma, les médias traditionnels sont également impactés par ces bouleversements, obligés d’être toujours plus réactifs, ils ne sont plus la seule source d’informations de masse.

Réseaux sociaux : un dialogue politique dicté par l’émotion

L’ère de l’information politique a laissé la place à celle de la communication politique. Avec les réseaux sociaux, les politiques ont été obligés d’instaurer un dialogue entièrement transparent et réactif.

Cette évolution est la cause principale de « la politique émotion ». Dans un souci de conversation transparente, les politiques se sentent obligés de réagir à tous les sujets le plus rapidement possible afin de ne pas être accusés d’indifférence. En elle-même, cette méthodologie n’est pas mauvaise seulement l’homme politique ne mesure pas toujours la portée que peuvent avoir ses propos.
Dictées par l’émotion générale, certaines promesses ont été énoncées pour finalement être décriées plus tard. L’excès des passions qui s’expriment sur les réseaux sociaux supplante les faits confirmés par la raison. On se souviendra, en février dernier,de la nouvelle ministre de l’écologie Emmanuelle Cosse, qui a vu ressurgir certains tweets assassins à l’encontre de la politique du gouvernement. Une situation qui a largement porté atteinte à sa crédibilité.
Les politiques français ne mesurent pas encore que l’impact de leur utilisation des réseaux sociaux. Tout contenu posté en ligne est susceptible de provoquer un emballement difficilement maîtrisable mais avec une portée émotionnelle forte.

S’émouvoir plutôt que raisonner

Les réseaux sociaux font partie d’une tendance qui impacte fortement l’opinion publique et qui transforme toutes informations, rumeurs en une solide information, cristallise toutes les peurs pour en faire des réalités et ne tolère pas l’approximation. La place des politiques est compliquée dans cet écosystème. Toujours plus sollicités, obligés de s’exprimer, il leur est difficile de prendre du recul pour raisonner plutôt que toucher.
Rappelons-nous le cas Léonarda en Octobre 2013 : suite à l’émotion suscitée par son renvoi aux frontières, pourtant justifié juridiquement, le président de la république en personne prend la parole et dialogue avec la jeune fille en temps réel par caméras interposées. Une interaction rendue possible uniquement grâce à un engouement de masse sur les réseaux sociaux.
Les réseaux sociaux ont humanisé les politiques, ils en ont fait des « monsieur et madame tout le monde » qui s’expriment sur l’actualité, racontent leurs anecdotes du quotidien et font passer leurs messages politique. Cette proximité permet de libéraliser la parole mais elle appauvrie également les discours qui se contentent aujourd’hui d’ériger les réactions émotionnelles comme axe politique à suivre. Les réactions sur les réseaux sociaux dictent désormais les axes et actions politiques. Le politique devient un « esclave » dans l’obligation de réagir en conséquence de l’émotion provoquée même si cela va à l’encontre de l’intérêt général.
Dans cette optique, les médias traditionnels ne sont pas non plus épargnés par ces bouleversements des usages.

Médias traditionnels et réseaux sociaux : un mariage consommé

Auparavant considérés comme le quatrième pouvoir, les médias traditionnels sont aujourd’hui dépassés par les réseaux sociaux. Alors que l’on attendrait de ces médias une objectivité sans faille, eux aussi ont basculé dans une politique de faits divers destinée à augmenter l’audience : en dix ans, l’Institut national de l’audiovisuel a noté une augmentation de 73 % des faits divers dans les journaux télévisés. L’information n’est plus sélectionnée en fonction de son degré d’importance réel, mais en fonction de son pouvoir de captation des émotions.
Si aujourd’hui les médias traditionnels cèdent aux sirènes des faits divers, c’est qu’ils ont perdu leur place de porte-parole. Dans le milieu politique, de plus en plus de candidats décident de faire leurs annonces via leurs propres réseaux sociaux. Cela permet de mesurer l’impact des mesures annoncées et, éventuellement, de les ajuster. De plus, cela facilite le dialogue avec les futurs électeurs. Ils retrouvent ainsi une liberté de parole que les médias traditionnels leur avaient enlevée. L’espace public auparavant dominé par les médias traditionnels se délocalise au profit des réseaux sociaux.

La dictature de l’émotion

Alors quid de la nouvelle position des médias traditionnels ? Obligés de réinventer pour ne pas perdre leur place, les médias se tournent vers une nouvelle information : une information réactive, basée sur l’émotion censée faire réagir. On cherche à provoquer une réaction émotionnelle : choquer, émouvoir, provoquer l’adhésion, etc. On se souviendra du traitement de l’information lors des attentats de paris de novembre 2015, de nombreuses chaines n’ont pas hésité à montrer des scènes de barbarie sous couvert d’un léger floutage. Ces scènes étaient-elles réellement nécessaires pour comprendre l’horreur qui s’était jouée ? Pas si sûr. Mais aujourd’hui c’est las dictature de l’émotion qui règne dans les médias traditionnels. Ils sont désormais le relais des réseaux sociaux et non plus l’inverse. Les réseaux sociaux sont même devenus une source d’information pour les médias, ils sont considérés comme des lanceurs d’alerte et permettent aux médias d’obtenir une actualité toujours plus réactive. Une réactivité qui empêche, bien souvent, de vérifier les sources d’information et la véracité des propos. De la même manière que les politiques, les médias cèdent à l’instantanéité des réseaux et leur puissance de propagation. Il en résulte un manque cruel de recul sur les informations données, les actualités sont données brutes à la population sans analyse pertinente.

Les réseaux sociaux ont bouleversé les usages et tendances. Ces évolutions ont obligé les pouvoirs publiques et médias à s’adapter, bien souvent au détriment de leurs rôles initiaux.
Aujourd’hui la politique émotion est devenue monnaie courante et s’impose comme unique manière de communiquer. Mais ces évolutions à double tranchant ont également permis d’instruire plus facilement les populations leur permettant ainsi de prendre le recul nécessaire pour analyser et objecter à l’encontre des médias et politiques. Si la politique émotion occupe aujourd’hui tout l’espace public, l’évolution des pratiques entrainera peut-être une modification de l’état d’esprit.

 Fanny Monge

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