Où en est la lutte contre le cyber-harcèlement ?

Le cyber harcélement

Le cyber-harcèlement a fait deux victimes le même jour. Le 10 octobre 2012, deux adolescents se sont suicidés. Les morts d’Amanda, au Canada, et de Gauthier, en France, prouvent que l’ignorance des jeunes face à la gestion de leurs données personnelles sur les réseaux sociaux est plus que jamais d’actualité. L’occasion de faire le point sur la lutte contre le cyber-harcèlement.

 

L’affaire Amanda Todd

Amanda Todd, une jeune Canadienne de 15 ans, s’est donné la mort le 10 octobre 2012 à son domicile de Coquitlam, près de Vancouver. Un mois auparavant, le 7 septembre, elle avait lancé un appel au secours sur son mal-être dans une vidéo postée sur YouTube.

L’histoire remonte à ses douze ans. Amanda fréquente déjà des sites de tchat. Elle y fait la rencontre d’un homme, qui la persuade d’abord de lui montrer sa poitrine par webcam interposée. Puis il la fait chanter pour qu’elle lui fasse un « show ». La jeune fille refuse. Le cyber-harceleur se venge en diffusant les photos de la jeune fille, nue, sur les réseaux sociaux.

Le cauchemar commence alors pour Amanda : elle devient la cible de messages d’intimidation sur Facebook, venant de ses camarades d’école. Très vite, elle perd ses amis et sa réputation. Malgré plusieurs changements d’établissements, l’homme poursuit son acharnement psychologique. Il s’arrange pour la retrouver et rediffuse les clichés à ses nouveaux amis et professeurs. Amanda se suicide, consciente que plus rien n’empêche son passé de la rattraper via les réseaux sociaux.

Suite à ce drame, la Première ministre de la province de Colombie-Britannique, Christy Clark, a proposé un débat national sur l’opportunité d’inscrire la cyber-intimidation au Code pénal.

Gauthier pris au piège

Le même jour, Gauthier, un jeune Brestois de 18 ans, est retrouvé pendu au domicile de ses parents. Le jeune homme, décrit sans problème particulier, était victime d’un chantage de la part d’une femme qu’il avait rencontrée sur le site Chatroulette – qui met les internautes en relation de manière aléatoire par le biais d’une caméra.

Le scénario est à peu près le même. Gauthier échange avec une inconnue sur un site de chat vidéo, et la séance se poursuit par un striptease par webcams interposées. La prédatrice piège l’adolescent lorsque celui-ci accepte de devenir ami avec elle sur Facebook. « J’ai une vidéo porno de toi. Si tu ne me donnes pas 200 euros, je vais détruire ta vie », le menace-t-elle alors. Quelques heures après avoir reçu ce message, Gauthier se pend dans sa chambre.

Ces deux faits divers sordides rappellent que l’utilisation des réseaux sociaux comporte des dangers bien réels, surtout pour les plus jeunes. Selon le magazine américain « Consumer Report » de juin 2011, « un million d’enfants ont été harcelés, menacés ou victimes de cyber-harcèlement sur le réseau social (Facebook) au cours de l’année écoulée. » En France, l’association E-enfance tire la sonnette d’alarme : elle reçoit un appel par jour lié à du harcèlement électronique.

Parallèlement, l’Unicef, publie un rapport en 2011 qui montre qu’un enfant sur 10 subit des violences, verbales ou physiques, à l’école et sur Internet.

Des actions concrètes contre le cyber-harcèlement

En janvier 2012, l’Éducation nationale en partenariat avec l’association e-enfance et Facebook a lancé une grande campagne comportant divers outils pour lutter contre le harcèlement à l’école et sur Internet. Cette campagne vise à prévenir et à lutter contre le harcèlement entre élèves, y compris lorsque celui-ci a lieu à travers l’usage d’Internet. En effet, les nouvelles technologies sont utilisées par certains élèves pour humilier et intimider d’autres élèves.

  • Un site internet, plateforme de ressources

Le site agircontreleharcelementalecole.gouv.fr, principal outil de la campagne, propose des contenus informatifs, didactiques et pédagogiques pour mieux connaître, reconnaître et prévenir les situations de harcèlement. On y trouve également trois films web réalisés par Nicolas Humbert ; il illustre différentes situations de harcèlement.

  • Une page et une application Facebook contre le cyber-harcèlement

Dans le cadre de cette campagne, en complément d’une page Facebook, une application a été créée, ouverte à tous, même à ceux qui n’ont pas de profil sur le réseau social, pour lutter contre le cyber-harcèlement. Le téléchargement de cette application permet aux jeunes, aux parents et aux professeurs, d’associer un badge « Stop harcèlement » à leur profil Facebook. « Cette application fonctionne comme les autocollants qu’on colle sur son sac à dos », déclare Anne-Sophie Bordry, directrice des affaires publiques Facebook pour la France et l’Europe du Sud. « C’est l’utilisateur du réseau qui fait le choix de devenir un relai de cette campagne de sensibilisation, je pense que c’est la meilleure façon d’impliquer les jeunes sur leur propre terrain de discussion. »

  • Mise en place d’un numéro vert Net écoute

Le dispositif de prévention du cyber-harcèlement de l’Éducation nationale, mis en place depuis mai 2011, comprend également la mise en place du numéro vert Net écoute, sur lequel des experts du cyber-harcèlement répondent à toutes les questions, ainsi qu’une adresse email, une application Facebook, et un chat. (0820 200 000 et www.info-familles.netecoute.fr).

  • Les deux guides cyber-harcèlement

Il existe deux guides pour reconnaitre, prévenir et traiter le harcèlement. Le premier intitulé Guide pratique pour lutter contre le cyber-harcèlement entre élèves a été élaboré en partenariat avec l’association e-Enfance, soutenu par Facebook. Il a pour objectif de sensibiliser au phénomène du cyber-harcèlement et permet tant la prévention que le traitement, pour ne plus laisser sans réponse les cas de cyber-harcèlement entre élèves.

Le second a été écrit par une pédopsychiatre, Nicole Catheline, et est intitulé Le harcèlement entre élèves : le reconnaître, le prévenir, le traiter. Il a pour rôle de sensibiliser l’ensemble de la communauté éducative à ces problématiques.

Le cyber-harcèlement, c’est quoi ?

Justine Atlan, directrice de l’Association e-Enfance, donne sa définition du cyber-harcèlement : « Le harcèlement se caractérise de trois manières : il y a d’abord la volonté de nuire à quelqu’un, ensuite que cette volonté se répète dans le temps, et en dernier lieu l’acte en lui-même : diffamation, incitation au suicide, insulte, menace, non-respect des droits à l’image… Le harcèlement n’existe pas dans la loi en tant que tel, il faut donc le rattacher à ces infractions pour le caractériser. Sur les réseaux sociaux il s’agit souvent de créer un faux profil, usurper une identité, ou encore « pourrir » un mur, comme disent les ados, c’est-à-dire insulter quelqu’un sur un profil public, donc visible de tous. »

 

Crédit photo: Brian Lane Winfield Moore / Foter / CC BY-SA

Alexia Jara

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