Référencement et e-réputation : Google s’attaque aux avis négatifs

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Encore et toujours du nouveau chez Google. Début décembre 2011, le moteur de recherche a annoncé s’être doté d’un nouvel algorithme empêchant que les critiques et avis négatifs soient utilisés pour faire augmenter un classement.

 

Certains sites en ont en effet largement profité pour surfer sur un buzz négatif, une mauvaise publicité ou des critiques d’internautes. Et voir ainsi leur classement augmenter grâce à la multiplication de liens et de notoriété, même si celle-ci était négative. Car c’est bien connu, l’être humain devient très efficace dès qu’il s’agit de donner un avis négatif sur un produit, une marque, une idée, une entreprise, voire une autre personne. L’inverse est beaucoup moins vrai. Vu que Google ne prenait pas en compte la tonalité d’un lien, c’était tout bénef.

DecorMyEyes : un cas d’école

e-réputation - illustration DecorMyEyes

Voilà pourquoi, sur le papier, l’arrivée de ce nouvel algorithme se présente comme une petite révolution. Elle fait suite à un cas d’école en la matière, autour d’un site de vente de lunette américain : DecorMyEyes. A la base, des acheteurs ont commencé à manifester leur mécontentement pour des problèmes de surfacturation et de contrefaçon avec cette société. Se faufilant dans la brèche, DecorMyEyes a ainsi ouvert des dizaines de discussions sur des forums de consommateurs, blogs, digg-like, demandant ouvertement des plaintes contre son site. Le phénomène a pris une ampleur démesurée, les liens vers le site DecorMyEyes se sont ainsi multipliés et la firme a vu son classement Google augmenter de façon très importante. En clair, la société a choisi de booster sa mauvaise réputation pour augmenter son classement.
Ce choix et cette stratégie sont assumés par le fondateur du site, Vitaly Borker, qui a été raconter tout ça dans les colonnes du New York Times. C’est à ce moment-là que Google a décidé de réagir.
Une solution algorithmique a été développée, sur laquelle Google ne s’est pas étendu, comme à son habitude. Sur le blog officiel du moteur de recherche, Amit Singhal, membre de la firme californienne, a précisé que les sites présentant « une expérience utilisateur extrêmement pauvre » seraient désormais pénalisés. Google reste cependant prudent : « Nous ne pouvons pas être certains qu’à l’avenir, personne ne trouvera un échappatoire à notre algorithme. Mais nous pouvons dire avec une certitude raisonnable qu’être mauvais pour les clients est mauvais pour les affaires ».
Outre l’aspect commercial, cette annonce pourrait avoir un effet sur nombre de techniques de référencement. L’e-réputation et la bonne image d’un site prendraient ainsi un poids d’autant plus important. Mais au-delà de l’effet d’annonce, reste à voir ce qu’en pense le monde du référencement.

« Du pipeau »

Et là, le verdict est sans appel : « Les référenceurs pensent à 99% que c’est du pipeau. Du moins pour le moment. Avant que ce soit réellement effectif, ils ont un gros travail à faire sur la sémantique », analyse Sandrine Bertrand, référenceuse de métier. « Les raisons sont simples : pour qu’un avis soit moins bien considéré, cela veut dire que Google est capable de faire de la reconnaissance de vocabulaire sur le plan sémantique, que Google maîtrise toutes les langues, mais aussi que tout ce qui relève de l’ironie n’est pas pris en compte, tout comme les évaluations sous forme d’étoiles », poursuit-elle. Un exemple clair : « Ce site est une super boutique, j’ai commandé mon colis pour Noël, je l’ai reçu à Pâques… C’est ironique mais les termes sont positifs. A l’heure actuelle, l’algorithme de Google n’est pas capable de cerner ce genre de propos ». Autre détail à prendre en compte : l’aspect culturel. « La méthode de calcul devra aussi être capable de temporiser selon les pays. Les Français sont beaucoup plus râleurs que les Anglais par exemple ».
Dans la pratique, Sandrine Bertrand explique que « des tests vont être faits du côté des référenceurs. Mais on en est vraiment loin. Pour être clair, Google ne fait actuellement pas la différence entre du contenu de qualité et du contenu spinné (ndlr, duplication de contenu avec un changement aléatoire des expressions, ce qui le rend non dupliqué) ».
Parler de s’attacher au sens des mots relève à ce jour d’une vaste utopie. D’autant que les référenceurs pourraient très vite exploiter le SEO négatif, ce qui donnerait au nouvel algorithme un caractère complètement contre-productif.

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