Se débrancher, c’est branché ?

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Serait-il devenu de bon ton de supprimer son compte Facebook ou d’abandonner son smartphone le temps d’une soirée ? La question pourrait paraître malvenue tant la pression normative au tout-connecté est forte. Pourtant, à contre-champ de l’idéologie de la communication se développe un épiphénomène : la déconnexion volontaire aux TIC. Analyse d’un bug sociétal qui interroge en premier lieu la notion d’e-réputation.

Changement de paradigme. Lorsque l’on catégorise les non-usagers des TIC, on trouve les « dinosaures » ou retardataires, les exclus (ceux de la fracture numérique !), les réactionnaires, les technophobes ou encore les militants. Mais une nouvelle catégorie émergente semble bousculer les frontières : celle des déconnectés volontaires. Surprise : elle est le fait d’individus parfaitement intégrés à la société de l’information, très connectés et maîtrisant les technologies. Rarement totales, souvent segmentées et partielles, ces déconnexions sont menées au nom d’un besoin de temps de vacances, entendu au sens d’interruption, si ce n’est au nom du besoin de protection de la vie privée. Ici la problématique de l’ « excès » prend le pas sur celle de l’ « accès ». Trop de branchements, trop d’informations, trop de violations, trop de simultanéité, trop de bruit.

Plaisir addictif

A vrai dire est-ce si facile de se déconnecter ? L’intrusion des technologies est prégnante. Le plaisir addictifchecker compulsivement son profil Facebook – est clair. Tantôt nourriture de l’égo, tantôt satisfaisant l’appétence de l’esprit pour ce qui est nouveau, ces connexions frénétiques frôlent l’asservissement. On a même inventé un concept un peu creux pour désigner le symptôme : FOMO (Fear Of Missing Out ou l’angoisse de manquer quelque chose). L’option new-age nous prescrirait un séjour prolongé dans un monastère bouddhiste. L’option bourgeoise, un week-end dans un ces fameux lieux de villégiature « trou noir », qui proposent de superbes chambres isolées, sans connexion, à des prix exorbitants. L’option no-life : « se suicider de Facebook » ! Plus modérés, il y a ceux qui, dans une volonté d’être et de maîtrise, choisissent des déconnexions sporadiques et temporelles. Quoi qu’il en soit, alors que l’idéal de la société de l’information se rapproche (tout le monde connecté en permanence), ces comportements sont la manifestation d’un désir corolaire de latence, comme condition de réflexion, d’introspection et de repos. Accélération, surcharge, impatience, intrusion, segmentation sont ici le négatif du besoin lattent de silence, d’isolement, d’attente et de continuité, qui se cache derrière la déconnexion.

Localisé plus de 35 000 fois en six mois

Il en est de même sur les questions relatives à la vie privée. L’anonymat et l’oubli, notions généralement revendiquées quant aux motifs de déconnexion, apparaissent dans ce cadre non pas comme quelque chose de subi mais de choisi. Le temps de l’euphorie du tout-numérique, son insouciance, sa naïveté semble éloignés. Pas une semaine ne passe sans son cas de flicage numérique abusif, avec Google et Facebook en tête du classement. Et que penser de ce record ? Malte Spitz, jeune député Allemand, qui après avoir poursuivi son opérateur téléphonique en justice pour obtenir toutes les données récoltées grâce à son portable, constate avoir été localisé 35 831 en 6 mois. Le résultat ? Une carte interactive à la fois fascinante et effrayante, puisque les données ont permis de reconstituer une bonne partie de sa vie. Rien que çà. Orwel, c’est de la pacotille à côté ! Rien d’étonnant donc, à ce que les internautes les plus informés soient les plus méfiants à l’égard des traces laissées sur le réseau. Refus d’être géolocalisé via son smartphone croise la revendication du droit à l’oubli ou la volonté de préserver certaines formes de confidentialité.

Malgré tout, le phénomène reste marginal, et dérisoire comparé à l’explosion des taux de connexion à l’échelle d’une population. Il est le fruit d’initiatives isolées, inégal selon les individus (certains s’accommodent très bien du tout-connecté), et snob voire parano pour certains. Mais ces manifestations sont le signe d’une prise de conscience critique quant à l’usage des TIC, avec pour meilleure protection la responsabilisation individuelle. Et peut-être le début de la fin de la techno-béatitude généralisée.

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